samedi 27 août 2011

Gender-médiatisme

Depuis l'affaire DSK, les médias et tout particulièrement Le Monde, dont je lis la version online régulièrement, semblent se passionner pour les questions de genre, en ouvrant notamment des tribunes régulières à différents "penseurs" désireux de donner leur avis sur la question.

Je trouve que c'est plutôt une bonne chose, de voir un média tenter de faire réfléchir ses lecteurs sur ces thèmes extrêmement riches et relativement ignorés, de plus en proposant des points de vue variés. Bien que la majorité des réactions publiques à l'affaire DSK m'aient fait littéralement dresser les cheveux sur la tête, il y aura au moins - peut-être - eu des réflexions valables qui seront sorties de tout ça.

Je lisais donc à l'instant cet article au titre aguicheur, et relativement rabâché, "Femmes, ne devenez pas des hommes comme les autres !". A vrai dire, dès le titre, ça ne m'a guère plu : injonction, qui, de plus, s'adresse aux "femmes" comme une masse compacte, définie, assimilante. Beurk, mais passons. Il n'y a pas que du mauvais dans cet article, qui est d'après ce que j'ai compris une réponse à la précédente tribune de Caroline de Haas dans le même journal (et que je n'ai pas encore lue). J'ai d'ailleurs eu l'occasion d'écouter cette Caroline de Haas "en live" l'hiver dernier, lors d'une table-ronde organisée à Bordeaux où elle intervenait en tant que représentante de l'association Osez le féminisme. La première impression qu'elle m'a faite n'était pas la meilleure, un côté "militante de base, rien de nouveau", c'est-à-dire des idées qu'il me plaît d'entendre mais pas forcément novatrices, et un peu irritantes par le fait qu'elles semblent trop facilement attaquables par n'importe quel blaireau rétrograde un peu intelligent. Mais en fait, une fois lancée, elle avait également un côté "bonne militante" : discours solide, un brin agressif, bien argumenté et qui ne perd pas le nord, avec en prime quelques idées qui ne me déplaisaient pas, autour du "les hommes et les femmes ce n'est pas si différent" (Je trouve qu'on ne l'entend pas assez souvent).

Si je ne m'abuse, c'est bien d'ailleurs ce qui chagrine le monsieur en question dont je n'ai pas retenu le nom. On remarquera qu'il prend énormément de gants pour parler de la cause féministe, pour ne pas être attaqué sur ce plan, pour montrer qu'il est absolument acquis à la quête d'"égalité" qui serait selon lui la pierre angulaire de ce combat historique. "Egalité oui, mais différence tout de même" : un discours quand même très connu... Mais qu'est-ce que l'égalité exactement ? Des lois ? Quand ceux qui sont censés les faire appliquer appartiennent en une majorité écrasante à une seule des catégories sexuées, par le privilège que des sociétés séculaires leur donnent ? L'idée de "l'égalité dans la différence" est justement la plus fragile... aussi belle qu'elle soit, elle n'est pas prompte à susciter le changement de mentalité qui fera que les femmes seront estimées également aux hommes dans des emplois à responsabilité, qui fera qu'une femme ne sera pas tuée tous les je ne sais combien de minutes par son conjoint, qui fera qu'un homme qui veut élever ses gosses ne soit pas considéré comme un "sous-homme"... malheureusement.

Mais si les femmes et les hommes ne sont guère différents, est-ce à dire qu'ils sont pareils ? Le monsieur nous dit : cerveaux pareils peut-être, mais corps différents ! Et on ne peut pas ne pas être d'accord avec lui sur ce point : les hommes et les femmes sont physiquement différents. C'est d'ailleurs bien ce qui fait d'eux et d'elles des hommes et des femmes. Cependant, je ne peux m'empêcher d'être curieuse quant aux contours de la "nature féminine" qu'il évoque sans la nommer, découlant selon lui de cette différence sexuée et de son "expérience psychologique". Car de mon point de vue, si les êtres humains n'étaient pas encadrés dès leur plus jeune âge par des codes sociaux aussi stricts que restrictifs, observerait-on une telle différence entre les catégories homme et femme ? La société part de cette différence de base pour en créer énormément d'autres qui sont artificielles, et qui parce qu'artificielles, expliquent que pas tout le monde ne s'y retrouve.
Pour prendre un exemple très simple : de par la "nature", les femmes sont généralement plus petites, et moins développées musculairement que les hommes, donc plus "faibles" physiquement (utilisons les mots qu'il faut). (Je précise quand même que c'est con pour les premières, dans un monde où la faiblesse n'est pas considérée comme le top du top, mais bon, c'est la vie, comme je ne crois pas en Dieu je ne sais pas trop à qui m'en prendre pour ce problème de base) Mais la puissance physique étant communément valorisée comme une caractéristique "masculine" par la société, beaucoup plus de garçons que de filles vont être orientés et avoir des affinités pour des activités physiques, sportives, voire violentes, et on aboutit au final à une population où effectivement, les filles sont en général beaucoup moins costaudes que les garçons, bien plus que l'handicap de base seul ne pourrait le justifier. Nature, nature, mais jusqu'à quel point ?

Je pense pourtant qu'il est extrêmement intéressant de se pencher sur les conséquences réelles de la différence sexuée, si l'on considère comme moi et Caroline que sur les autres plans hommes et femmes peuvent effectivement être "pareils". C'est aussi pour ça que pour moi "féminité" et "masculinité" sont des termes presque vides qui renvoient à cette différence de "nature" uniquement, loin d'englober toutes les conneries que le sens commun leur prête et auxquelles de nombreux êtres humains de ma connaissance me font le plaisir de déroger chaque jour ; notre sexe est inaliénable, les êtres nés femmes seront toujours des femmes, ceux nés hommes toujours des hommes, donc où est le problème ? Il est impossible de "nier" cette nature.
La seule chose qu'on peut nier, c'est les implications sociales qui lui sont attribuées et qui peuvent tout à fait peser légitimement sur l'un comme l'autre sexe. Quel est le problème si certaines femmes veulent "être des hommes comme les autres" ? Ou des hommes pas comme les autres ? Ou si des hommes veulent être des femmes comme les autres également ? Ce n'est jamais qu'une liberté (cf. mon article précédent) qui ne nie en rien la différence naturelle fondamentale si chère à notre auteur, et qui ne devrait pas non plus être niée au nom de cette dernière.

Pour finir, je dois mentionner que j'ai été particulièrement choquée par ce passage final :

Je n'ai rien à échanger avec celui qui m'est identique, comme avec mon inférieur. Dans l'un et l'autre cas, rien à apprendre, rien à recevoir – rien à donner non plus. Mais de l'être qui est mon égal sans être identique à moi-même, de celui-là seulement, je désire la relation, car elle est la promesse d'une découverte et d'un enrichissement mutuel. Femmes, vous nous fascinez pour ce que vous êtes ; notre différence est le difficile trésor qu'il nous appartient d'apprivoiser ensemble. Pour y parvenir, reconnaître et vivre notre égalité est une nécessité concrète ; mais proclamer notre identité serait notre commun échec. Femmes, ne vous laissez pas aliéner, ne devenez pas des hommes comme les autres !

Il semblerait que lui aussi, se laissant emporter par son raisonnement et sa volonté de convaincre les femmes de rester à leur place, dise tout à fait n'importe quoi : est-ce à dire que les hommes ne puissent avoir de relation riche avec aucun autre homme ? Ce monsieur ne discute-t-il jamais avec plaisir avec ses homologues masculins, ne prend-il jamais de plaisir à une soirée entre potes où il n'y a pas forcément de femme dans le coin ? La différence sexuelle ne m'apparaît pas du tout comme la principale source d'enrichissement intellectuel et affectif. Et ce monsieur ne le pense certainement pas non plus. Ce qui est bien, c'est qu'en dépit de leur appartenance forcée à l'une ou l'autre de ces catégories arbitraires, les êtres humains sont tous uniques, et ont tous des choses à s'apprendre les uns les autres. Pas vraiment la peine de se prendre la tête pour sauvegarder des schémas figés, au final.

Se laisser aliéner ? Vous voulez dire accepter les règles du jeu pour se battre à armes égales ? C'est bien beau d'enjoindre à ne pas accepter les codes du masculin, quand ce sont les codes du pouvoir, des dominants... devrait-on attendre la complaisance de ces derniers dans notre coin, tranquillement, sans rien faire, parce qu'on est une "femme" ? Ca sonne un peu comme une condamnation à perpétuité, pour moi.

(Vous avez remarqué, de retour de vacances, je suis en pleine forme !^^)

mardi 2 août 2011

Ôhori Kôen Hanabi Taikai

Comme je le disais précédemment, nous sommes entrés dans l'été avec son lot de festivités plus ou moins traditionnelles. Et parmi celles-ci, les hanabi 花火, les feux d'artifice (pour la petite histoire, hanabi s'écrit avec le kanji de la fleur et celui du feu) tiennent une place absolument incontournable.

L'année dernière, j'avais participé au soi-disant plus grand hanabi du Japon, celui de la Sumida-gawa à Tokyo, qui est aussi le plus grand rassemblement de foule que j'ai expérimenté dans ma courte vie japonaise. A Fukuoka, l'équivalent c'est le hanabi d'Ôhori-Kôen, un très grand et joli parc situé dans le centre de la ville. N'ayant donc pas peur de la foule, et les festivals étant quand même assez rares ici en comparaison de Tokyo, j'ai décidé de m'y rendre.

Le parc a la spécificité d'être construit autour d'un assez grand lac, autour duquel tournent les promenades, avec une sorte de presqu'île qui le traverse de part en part. (D'où son nom, car, je l'ai appris ce week-end, "ôhori" signifie "grandes douves".) Pour vous donner une idée de la chose :

C'est donc de toute évidence un très bon spot pour les feux d'artifice, vous en conviendrez.
Bon, la soirée n'a pas été des plus réussies car tout avait été organisé en avance par une Japonaise, et les Japonais n'ont parfois pas le même sens de l'enjoyment que nous, il faut croire. En résumé, au lieu de regarder le feu d'artifice posé quelque part dans le parc bondé en mangeant allègrement des yakitori géants, des biscuits en forme de pikachu ou des pommes d'amour (toutes choses qui font l'ambiance du matsuri japonais et qui font que le désagrément de l'immersion dans une marée humaine vaut le coup), nous avons marché une demi-heure (dans les 30° nocturnes) pour rejoindre un stade reconverti en super-spot pour feu d'artifice ; et à vrai dire, c'était un échec, car on ne voyait pas le reflet sur l'eau, on était bien mal assis sur une pente herbeuse et en plus, c'était payant (mais c'est une règle au Japon de vous faire payer n'importe quoi). Le truc, c'est que le hanabi a duré 1h30... et si vous voulez mon avis, c'est un brin long ! Toute mon enfance j'ai attendu avec impatience le feu d'artifice du 14 juillet, qui me semblait toujours finir trop vite, et pendant une demi-heure je restais, comme tout le monde d'ailleurs, bouche bée à regarder les belles bleues et rouges en espérant que ça ne finisse jamais... Ben quand ça dure 1h30, je vous assure que plus personne n'est émerveillé. Même les enfants se lèvent 4 à 5 fois pour aller faire un tour, acheter à bouffer, aller pisser... tout le monde y va mais finalement tout le monde finit par s'en foutre ; un peu dommage, quoi.

Pour finir sur le fameux échec, quand on a enfin réussi à rejoindre le vrai lieu de la fête, après trois quarts d'heure de marche (il a fallu plus de temps au retour, on allait à contre-foule...), tout impatients qu'on était de s'empiffrer de junk-food japonaise... 22h30, extinction des feux ! Au sens propre : plus une lumière dans le parc et les vendeurs en train de replier leurs baraques dans le noir. Et nous dépités.

Enfin, le matsuri a quand même été l'occasion de croiser de fameux spécimens de japonais, et ça, ça vaut toujours le coup. Il y avait bien sûr les incontournables yukatas, kimonos d'été que généralement les jeunes filles ne perdent pas une occasion de porter quand il y a des évènements comme celui-ci ; du plus pur style traditionnel au style beaucoup plus courant du supermarché (noir à fleurs roses, et faux noeud clippé à la ceinture), en passant par des variantes des plus douteuses : le yukata-pouf, qui consiste à porter le tout en descendant le col jusqu'au milieu des bras pour faire un effet décolleté des plus distingués, le tout rehaussé d'un bon kilo de maquillage ; ou encore le yukata-pyjama, pour celles qui comme moi semblent trouver qu'il est bien trop contraignant de porter un vrai yukata, alors on prend le tissu, mais on en fait un pyjama-pantacourt (et honnêtement, ça fait juste pyjama quoi). J'ai aussi vu le punk traditionnel, avec coiffure rebelle, et yukata noir satiné ; une fille qui portait 2 soutifs hyper-rembourrés superposés (un rose à noeud et un léopard...) en guise de poitrine, des écolières portant des talons de 10cm facile et un garçon qui portait la ceinture de son pantalon au-dessous de l'entrejambe, ce qui m'a paru une prouesse particulièrement difficile et particulièrement sexy (au moins celui-là, il trompait pas sur la marchandise, et du premier coup d'oeil !).

Enfin y'a toujours de quoi s'amuser dans un matsuri japonais !