jeudi 22 décembre 2011

Nooooooël !

Et voilà, ça y est, nous voilà revenus à l'immanquable période annuelle de Noël, que certains adulent sans condition ni réflexion (ohh !! que c'est beau les illuminations de la gare de Hakata - alors qu'on est en pleine période d'économie d'électricité pour cause de fonctionnement du parc nucléaire réduit plus que de moitié - !), et que d'autres préfèrent considérer avec dédain (la pire des conventions, le pic de la société de consommation, tradition issue du christianisme, ou au contraire dérive consumériste trop éloignée de la tradition...).

Je dirais : oui, et oui, dans un sens - vous me savez de toute façon une grande révolutionnaire toujours au top de la subversion - mais... voilà, je descends pour une fois de mon piédestal : j'aime bien Noël. Et pour des raisons toutes petites, pas pour de grandes idées : chez moi, Noël c'est cool. C'est cool tout simplement parce que ma famille s'entend bien, que c'est agréable d'être ensemble, parce que j'aime bien cuisiner et surtout manger de la bonne bouffe. Et donc cette année, Noël c'est cool au carré parce que ça fait 8 mois que je ne suis pas rentrée au pays, que je n'ai pas passé de temps avec ma famille et que je n'ai pas eu le temps de manger tout un tas de trucs excellents (fromage, charcuterie, foie gras, canard, agneau, raclette... bon je me répète un peu, mais j'ai failli avoir une syncope hier en faisant les courses dans un supermarché. Sérieux, notre pays est le paradis de la bouffe, y'a rien à dire).

Bref, bref, toutes choses qui m'amènent à vous souhaiter un joyeux Noël, et à espérer que vous saurez utiliser cette occasion pour passer un bon moment, aussi anti-conventionnel soit-il, aussi a-traditionnel soit-il (enfin, j'espère que vous mangerez quand même du foie gras).
Et comme je suis super sympa, du moins à mes heures, j'ai même décidé de vous faire un petit cadeau. Certes, c'est un cadeau tout virtuel et en somme tout gratuit de ma part (donc non-consumériste, ce qui devrait plaire du coup même aux réfractaires), mais c'est un cadeau utile, qui réchauffera vos soirées d'hiver, illuminera vos soirées de déprime, et éventuellement fera un bon décompresseur si vous faites partie de mes amis thésards surbookés qui n'ont pas de vie. ;)

Mon petit cadeau, donc, c'est : une top-list des meilleurs love-drama japonais ! by me, la pro toutes catégories internationale du drama japonais (vous en avez de la chance).
Je pense que le mot parle de lui-même, il s'agit donc des séries télévisées romantiques produites par les chaînes TV de ce beau pays que j'habite actuellement. Et oui, les moeurs des Japonais me fatiguent bien souvent et je me sens parfois en total décalage avec elles, et oui j'ai envie de me pendre chaque fois que j'allume la télé (ne vous inquiétez pas, cette année pour éviter tout risque, je n'ai pas de télé dans mon appart), et oui je suis toujours la personne la plus inapte aux relations de couple que je connaisse, et en plus, comme je l'ai dit précédemment, je pense que ma génération a passé l'âge du grand amour. Mais malgré ce background incroyable, le love-drama, c'est parfait !

J'entends souvent assimiler le love-drama (ou les dramas en général d'ailleurs, ce qui pour le coup démontre l'ignorance du genre) au shojo manga, donc un truc spécialement réservé aux filles niaiseuses qui rêvent du prince charmant sur son cheval blanc, qui laisserait de marbre toute autre catégorie d'être humain. Mais laissez-moi vous déniaiser justement, chers amis, car pour peu que vous soyez honnête avec vous-mêmes, il faut avouer que le love-drama a quelque chose d'effroyablement universel : vous aussi, vous pleurerez aux moments où il faut pleurer, rirez aux moments où il faut rirer, détesterez comme il se doit le "méchant" qui veut faire foirer la belle histoire d'amour sans la moindre once d'objectivité, et vous vous pâmerez devant la scène tant attendue où les héros finiront par se faire un bisou - avec probablement plus d'intensité que si quelqu'un était effectivement à côté de vous en train de vous rouler une pelle - bien que pourtant, bien souvent, la scène en question est aussi farouche que le genre de bisous dont vous étiez capable à la maternelle.

Bref, le love-drama, c'est LA solution pour sourire sans raison devant son écran, et même si c'est carrément l'incarnation de la vie par procuration, c'est aussi du bonheur (gratuit) en .avi. En plus tout le monde est beau, et rien ne se passe comme dans la "vraie vie", et c'est bien ce qui est bien.

Et si, à la lecture de cette passionnante diatribe, vous vous trouvez trop intelligent, trop occupé, ou trop au-dessus-de-ça pour tenter l'expérience, vous êtes probablement ceux à qui le matage d'un love-drama serait le plus profitable : tous les grands cerveaux ont besoin d'une soupape de sécurité, tous les hard-workers se doivent de décompresser pour ne pas sauter du haut d'un building de Shinjuku, et tous ceux qui ont un peu de fierté mal placée devraient redescendre de leur nuage de temps en temps, poser les pieds sur terre et réaliser qu'ils sont toujours des humains parmi les autres...

Sur ce, je vous souhaite de bonnes fêtes, de bonnes bouffes, et vous laisse donc comme promis quelques titres, non exhaustifs, sous le sapin. :)

1. Pride (recommandé aux non-allergiques à Kimura Takuya, en duo avec Takeuchi Yuko ♡)
2. Hana Yori Dango (incontournable... issu du shojo du même nom)
3. Buzzer beat (pour les non-allergiques à Yamapi cette fois, délicieusement fleur bleue)
4. Fukigen na gene (ou l'amour au labo, recommandé aux thésards, sans hésitation !)
5. Zenkai girl (recommandé aux hard-workers, sympathique)

Enjoy !
(Edit de dernière minute : les connaisseurs sont bien sûr invités à laisser leurs références de dramas inoubliables ! Ca apportera de l'eau à mon moulin, et si vous en trouvez un génial que je connais pas encore, je vous paye un coup à boire. :D)

vendredi 2 décembre 2011

Nostalgie parmi d'autres



C'est une vieille chanson que probablement pas grand-monde ne connaît, qui se trouve sur le premier album de Tarmac, ce groupe à moitié issu de Louise Attaque, et dont seul le second album - "Notre époque" - a reçu quelque intérêt médiatique. Il en existe néanmoins ce clip étrange, à l'intro assez douteuse.

C'est une chanson que j'écoute depuis très longtemps, et que j'hésite toujours à faire partager, parce que ces à peine plus de deux minutes de musique font partie des morceaux qui me sont le plus chers, et à propos desquels je n'ai guère envie d'entendre de critique d'aucune sorte.
Timidement, j'ai évidemment fait écouter, au fil du temps, cette chanson à quelques autres personnes choisies, ayant toujours l'impression qu'elles ne savaient pas l'apprécier à sa juste valeur.

Car, je ne sais pas pour vous, mais il y a parfois, rarement, de ces morceaux et de ces textes qui semblent avoir été écrits pour vous, qui font écho à quelque chose d'à la fois vague et profond, en lesquels on se reconnaît presque entièrement. Ça rejoint ce que je disais à propos de la littérature dans un article précédent, ce sentiment de proximité qui me paraît être quelque part l'objectif ultime de toute forme d'art véritable : transmettre un ressenti, sous une forme particulière, à travers laquelle seuls ceux qui vous ressemblent pourront y déceler le sens premier.
Mais la musique, rajoutant au texte la dimension mélodique, et aussi le caractère concentré d'un texte poétique musical, par rapport à un long roman de plusieurs centaines de pages, cristallise ce sentiment de façon assez extrême.

Ainsi, n'étant ni une grande musicienne, ni à proprement parler une grande amateur de musique, il existe pour moi cette catégorie de morceaux tout à fait précieux, dont celui-ci est assurément un exemple de choix, et parmi lesquels d'ailleurs Louise Attaque et consorts tiennent d'ailleurs une place essentielle (ceux qui, rares certainement, étaient lecteurs de mon ancien blog ou camarades de mes anciennes péripéties littéraires le savent bien - à relire ce texte d'époque, en même temps que je le trouve évidemment ridicule, je me rends compte que je suis devenue un être terriblement plus rationnel...).

A y bien réfléchir, je suis en matière de musique quelqu'un de terriblement peu innovant. Les morceaux que j'écoute encore aujourd'hui quotidiennement dans mon ipod sont en grande partie des morceaux que j'écoutais déjà il y a plusieurs années. Bien que je reconnaisse la claire propension à la lassitude que cela engendre, je n'arrive pas pour autant à aimer facilement de nouvelles musiques, de nouveaux artistes, et ma position en vient à avoir quelque chose de réactionnaire, le fameux "c'était toujours mieux avant", et les morceaux susceptibles de se rajouter à cette liste des "classiques en or" semblent se faire de plus en plus rares. Quant à parler d'un groupe, je me demande si Louise Attaque restera définitivement le seul. (Est-ce à dire, pour faire un autre rappel, qu'avec l'âge on s'attache de moins en moins aux musiques comme aux gens ?)

Pourtant j'ambitionne parfois de découvrir de nouvelles choses, mais c'est en tout en ayant cette impression bien connue de sacrifier à la marche du monde, peut-être dans la crainte de m'entendre dire un jour, de la part d'un ami de longue date, "putain mais t'écoutes toujours les mêmes trucs depuis l'an quarante !". Finalement, en matière de musique, je suis en somme bien plus une nostalgique qu'une dénicheuse de talents, mais je m'en accommode tant bien que mal...

Je sais que ce blog était censé être dédié à mes aventures japonaises, et peut-être que le fait que j'en arrive à raconter des choses insignifiantes de ce style vous fatigue ? Le fait est que quand je n'ai pas le temps d'écrire, ce qui est bien plus souvent le cas que le contraire, je fais des petites listes d'anecdotes à raconter, mais quand finalement j'ai l'occasion de me poser devant mon écran, le moment semble être passé... pour moi, un contenu ne fait pas en soi un bon article, et j'ai toujours préféré écrire selon l'inspiration du moment. Il est agréable de sentir les mots couler sans effort, même de cette plume virtuelle, dans un élan toujours un peu magique. De tout ce que j'ai pu écrire, c'est toujours ce qui a été écrit dans ce genre d'état d'esprit qui me plaît le plus, comme s'il était question de transmettre autant l'essence d'un instant que des messages, des idées précises... Le rapport à l'écriture, toute forme d'écriture, tel que je le conçois et l'aime, doit être libre de toute contrainte, même auto-exercée. Sinon, ou tout au moins en ai-je l'impression, il en ressort des choses formatées, peut-être intéressantes, mais dénuées de la touche personnelle de celui qui écrit.

Bref... je m'égare, mais ceci était censé expliquer pourquoi cette semaine, après avoir vaguement promis de vous raconter mes expériences de caracolage en haut des sommets du Kyushu (pour sûr, des exploits intenses), vous vous retrouvez avec cette petite parenthèse musicale nostalgique. Ce blog semblant être engagé ces derniers temps dans la course au record du blog le moins commenté du monde, je n'ai à vrai dire aucun moyen de savoir si cela vous ennuie profondément, vous touche parfois, vous laisse indifférents ou vous ravit. Et je ne sais pas trop non plus qui est "vous", même si c'est un charme du blogging. Mais comme vous l'imaginez bien, le feedback fait toujours plaisir à l'auteur ; après tout, si je n'écrivais que pour moi-même, je ne prendrais pas la peine de poster tout ça sur un blog. Quelle que soit la densité du contenu, l'idée est toujours de faire partager quelque chose, et partager est un verbe qui implique nécessairement, au moins, quelques Autres. N'hésitez donc pas, même en toute insignifiance, à laisser de temps en temps une trace de vos passages. ;)

mercredi 16 novembre 2011

Petit interlude

Ce blog fonctionne un peu au ralenti ces derniers temps, et ce n'est pas faute d'avoir des choses à vous raconter ; mais une intense vie sportive, et des week-ends passés en partie à travailler font que... Enfin, des petites excursions touristiques au coeur de l'automne japonais sont prévues pour les semaines à venir, donc j'espère bien en ramener de jolies photos à vous montrer ou de nouvelles et incongrues aventures à vous raconter.

D'ici là, pour vous faire patienter - ou tout simplement parce que j'avais envie de faire partager cette retrouvaille sortie du fin fond de mon itunes - en ces temps troublés de grève à Pôle Emploi, un petit morceau old school qui rappellera peut-être des souvenirs à certains, et je l'espère en fera sourire d'autres...

Une chanson maintenant vieille de 12 ans et toujours aussi vraie... IAM et consorts resteront pour moi plus qu'un souvenir de jeunesse, le meilleur probablement de ce que le rap français a produit, et c'est toujours un plaisir, même plus de dix ans après, de réécouter ces grands classiques !



(Pour qu'on soit bien d'accord : je ne nie nullement ici ni le droit ni la légitimité de faire grève des salariés de Pôle Emploi, qui doivent bien avoir tout autant de raisons de faire grève que les autres personnels, si ce n'est plus vu le sale boulot qu'on leur demande de faire de nos jours. Mais, comme beaucoup de gens de ma génération, j'ai eu affaire à Pôle Emploi récemment et je dois avouer qu'il y a des moments d'impuissance et de solitude où cette petite diatribe peut venir comme un réconfort - tous ceux qui sont passés par là en conviendront certainement !)

dimanche 30 octobre 2011

日本人の知らない日本語, ou la difficulté d'enseigner sa langue maternelle

Je suis un peu en panne d'inspiration en ce moment, mais comme un blog pas mis à jour c'est pourri, j'ai décidé cette semaine de vous parler d'un manga japonais que j'ai lu il y a quelque temps, sur les conseils d'un de mes collègues. Bon, alors, il paraît que ça ne se range pas dans la catégorie "manga" (je me suis fait refouler de l'étage manga de Tsutaya quand j'ai mentionné ce titre), bien que ça reste flou pour moi, mais en tous cas, c'est une BD écrite par une Japonaise, quoi.
Le titre, "nihonjin no shiranai nihongo", qui signifie "le japonais que les Japonais ne connaissent pas", relate les péripéties d'une Japonaise enseignant le japonais dans une école pour étrangers. Elle y décrit, avec beaucoup d'humour, les nombreuses questions incongrues que lui posent ses apprenants ; questions qui de leur point de vue sont probablement essentielles, mais qui apparaissent comme tout à fait hors du sens commun pour un Japonais. C'est donc ce "décalage culturel" dans l'apprentissage et la pratique d'une langue que cet ouvrage analyse plutôt finement, sans porter de jugement particulier et sans verser dans une morale dégoulinante du genre "il faut toujours essayer de comprendre l'Autre", à partir de la posture spécifique de l'enseignant.

J'ignore si ce livre est traduit en français ou dans d'autres langues ou a le projet de l'être, mais dans tous les cas je ne suis pas sûre qu'il soit forcément intéressant à lire pour des personnes n'ayant aucune notion en ce qui concerne la langue japonaise. Par contre, les étudiants en japonais de tout niveau se reconnaîtront certainement dans certaines anecdotes, comme lorsque les élèves du cours s'acharnent à essayer de comprendre la logique des compteurs japonais ("alors un objet long et cylindrique c'est "hon"... mais non, un serpent c'est "hiki" parce que c'est un être vivant... mais un gros animal comme un éléphant par exemple c'est "tou"... un casse-tête tout japonais !), ou s'étonnent que les Japonais parlent du feu tricolore qui passe "au bleu" quand la lumière en question est bien verte...

Mais, japonisant ou pas, ce manga a le mérite de mettre le doigt sur la difficulté d'enseigner sa langue maternelle à des étrangers. Enseigner sa propre langue est considéré à tort comme allant de soi, comme un job à la portée de tous ceux qui, s'installant à l'étranger, ont envie de gagner un peu d'argent. Cependant, après ces mois de pratique, il me semble que BIEN enseigner sa langue est une autre paire de manches. Je ne pense pas cela dit que ce soit une question de formation ; même si des bases en didactique des langues étrangères est certainement un plus pour acquérir l'état d'esprit nécessaire à la bonne gestion du rapport enseignant-apprenant, il m'apparaît clairement que c'est un "métier" qui s'apprend largement par la pratique, et avec beaucoup de volonté.

La base, évidemment, c'est un souvenir assez clair des cours de grammaire que vous avez eu quand vous étiez petit ; si vous avez complètement oublié ce qu'est une préposition, un COD ou un complément du nom, ça peut être problématique. N'en parlons pas, si vous confondez encore "ces" et "ses", comme de trop nombreux commentaires lus sur Facebook ou ailleurs sur le net le supposent dangereusement. Mais pas seulement ; comme c'est le cas de la jeune héroïne de l'ouvrage en question, enseigner à des étrangers suppose d'être également confronté à des questions découlant du système linguistique des apprenants ; des questions qu'un enfant francophone, par exemple, ne penserait jamais à poser.
De fait, enseigner le français par exemple à des natifs de pays européens, et a fortiori de pays latins, n'est pas du tout la même chose qu'enseigner à des Japonais ou des Chinois, dont la structure de la langue est bien plus sensiblement éloignée de la nôtre. C'est pourquoi je pense également qu'enseigner une langue à une classe d'apprenants hétérogènes en termes de nationalité et de langue est probablement beaucoup plus difficile que d'enseigner à un groupe de même langue ; et qu'il est fortement recommandé de connaître le fonctionnement, au moins à un niveau basique, de la grammaire - structure - de la langue des apprenants - disons que ça aide énormément à comprendre d'où sortent certaines questions, et à expliquer adéquatement certains points délicats.


Par exemple, alors que des francophones s'étonneront en japonais de la présence de ces suffixes-compteurs différant selon la "nature" des objets, les Japonais sont toujours perplexes, et un peu désespérés, devant la nécessité des marqueurs de genre et de nombre en français. Alors bien sûr, il y aura toujours des questions, récurrentes, auxquelles vous ne pourrez pas répondre grand-chose de constructif - telles que "mais pourquoi il y a le féminin et le masculin et français ??" ou "mais pourquoi la guerre c'est féminin, et le maquillage c'est masculin ??" - mais la plupart du temps, il va vous falloir aller fouiller, voir s'il n'y a pas une règle quelque part que vous avez oubliée, ou même que vous n'avez jamais apprise, car tout ça vous vient "naturellement", mais le naturel n'étant pas vraiment une explication susceptible d'aider votre apprenant à conceptualiser les choses.
Par exemple, pourquoi utilise-t-on parfois le subjonctif après "que", mais pas systématiquement ? Une question que le Français moyen ne se pose pas dans sa pratique courante de la langue ; mais un étranger dont le système linguistique ne comprend pas l'ombre d'un équivalent de subjonctif aura besoin dans un premier temps d'une règle d'utilisation, avant d'atteindre le "naturel" d'un éventuel bilinguisme.

Ainsi, l'enseignant de langue maternelle est perpétuellement amené à se remettre en question et à étudier à nouveau sa propre langue sous l'angle d'un regard extérieur. Personnellement, chaque jour à peu près, lorsque je prépare un cours ou qu'un étudiant me pose une question, je me demande "tiens, mais oui, pourquoi ?" ; c'est amusant de voir qu'on pensait tout savoir et qu'on ne sait au final pas grand chose sur le sujet. Mais qui n'a pas la volonté de faire de sa pratique d'enseignement un apprentissage ne pourra probablement jamais être un "bon" enseignant ; et devra se contenter de répondre, dès qu'une question étrange apparaît, " Ah ben tiens ! J'en sais rien... c'est comme ça...".

samedi 15 octobre 2011

Que reste-t-il de nos amours ?

Cette nuit, j'ai fait un rêve pour le moins étrange, où apparaissait un garçon dont j'ai été amoureuse quand j'avais environ douze ou treize ans. C'est pour le moins quelqu'un à qui je n'ai guère l'occasion de penser et que je n'ai pas revu depuis bien une dizaine d'années, j'étais donc tout à fait déboussolée à mon réveil par l'impression très nette que j'avais recréée de ce personnage.

Passée la surprise, cela apparaissait comme une bonne occasion de se remémorer des choses de l'époque de ce premier amour - qui fut largement à sens unique - d'ailleurs il me semble que c'est le propre de tous les sentiments réellement intenses, ils ont toujours cette dimension d'impossible à partager. Et cette plongée à la recherche de cette vieille histoire a amené d'autres étonnements. Je me suis d'abord rendu compte que tous les petits moments qui marquaient pour moi cette histoire, instants que je croyais à jamais gravés dans ma mémoire, inaltérables et précis, étaient désormais enfouis dans une sorte de flou artistique, d'où n'émergeaient presque que des souvenirs retravaillés par la réflexion au cours des années. De cette passion juvénile, qui a duré plusieurs années et au sujet de laquelle je suis à peu près sûre d'avoir noirci des pages et des pages de journaux intimes, il ne reste à peine qu'un nom, quelques images de lieux et de visages, une atmosphère légère d'amertume et de malice...

Pourtant, bizarrement, il en demeure une impression agréable ; un souvenir mignon, chaud comme un petit animal, à caresser et à protéger, bien qu'il soit devenu une sorte de coquille vide. Jusqu'à la fin de mon adolescence, disons jusqu'au début de mes années à la fac, les "grands amours" de ce genre ont été rares, longs et toujours dramatiques, mais de celui-là je ne semble me rappeler que les moments de joie, les petits moments d'espoir, sans aucune trace de ces grandes tragédies, certainement ridicules mais pourtant inévitables, dans lesquelles ne sait vous plonger que l'attachement porté à autrui. Si mes souvenirs ultérieurs restent eux, entachés de remords, de reproches et de moments que je préfèrerais oublier, ces instants gardés de cette première sortie de l'enfance me donnent simplement envie de sourire. Il y a quelque chose de très pur et de très beau dans le souvenir de cette romance préadolescente, cette capacité d'aimer sans attendre grand-chose, sans chercher de réalisation concrète, à cet âge où on n'imagine encore que difficilement les contours précis qu'elle pourrait prendre.

Aujourd'hui, tout sentiment de cet ordre serait évidemment impossible, mais tout sentiment de cette intensité me semble également perdu. Est-ce seulement moi ? Il me semble que l'âge, bien naturellement d'ailleurs, nous forge un peu à tous une carapace contre cette naïveté qui seule nous permettait d'aimer pleinement, avec une sorte d'abandon de l'esprit à cette seule passion. Nous grandissons, nous vieillissons, et nos choix deviennent stricts, sinon rationnels ; la réalisation d'un sentiment porte désormais sur des choses extraordinairement matérielles : la possibilité d'une vie à deux, une nécessaire exigence sexuelle largement dictée par des injonctions sociales omniprésentes, la création d'un cadre propice à élever des enfants... le temps passe, réduit nos choix, et nous retient pour toujours de nous jeter à corps perdu dans des aventures dont on ne saurait rien, ou pas grand-chose...

Bien sûr, il nous reste à chacun ces idylles, ces belles rencontres d'un jour ou d'une vie, qui arrivent quand même à nous nouer l'estomac et à accélérer nos battements de cœur... mais il ne s'agit que de pâles répliques de ce que notre belle nature humaine pouvait nous offrir avant que nous soyons définitivement liés par nos ambitions d'avenir. On passera finalement vite de l'une à l'autre ; on oubliera peut-être les prénoms ; on gardera souvent des rancœurs et des insatisfactions, et on cherchera plus loin.
Une passion sans ambages ne saurait s'encombrer d'un trop lourd bagage ; nos raisons chercheront quelqu'un avec qui raisonnablement porter ces fardeaux respectifs sans trop d'étincelles...

Qui oserait dire que laisser libre cours à une passion sans limite serait autre chose qu'une action puissamment destructrice pour les adultes sérieux que nous sommes tous malgré nous devenus ?
Mais cela ne nous empêche pas de rêver... qu'un jour peut-être, nous reviendra ce grand frisson indéfinissable, le même que lorsque pour la première fois, ce garçon de quinze ans à côté de vous vous a pris la main...

dimanche 9 octobre 2011

Où sont les hommes ?


Il y a une question qu'on me pose très souvent depuis que je suis ici : 「日本人の彼氏できた??」: "Alors, tu t'es trouvé un copain japonais ??" - eh oui, mes récentes connaissances en terre nippone ne peuvent pas savoir que la recherche d'un mâle avec qui partager mon existence n'est pas une de mes priorités depuis un bout de temps, mais je ne peux guère leur en vouloir - mais si cette question me fait doucement rigoler, ce n'est pas tellement à cause de son incongruité compte tenu de mon caractère semble-t-il fondamentalement incompatible avec la vie matrimoniale. Ce qui me vient à l'esprit, c'est plutôt : "un copain japonais ? Mais où est-ce que je pourrais bien rencontrer un garçon japonais ?", car c'est, réellement, un vrai mystère pour moi. Dans mon quotidien fukuokien, il faut le dire, je fréquente bien peu de mâles natifs. Et encore moins des susceptibles, en termes d'âge notamment, de devenir de possibles "copains".

Ok, les Japonais ne sont pas vraiment dragueurs, c'est une chose. Plutôt une bonne chose d'ailleurs : le "je te siffle dans la rue", y'a rien de plus chiant, à mon sens. Bon, de temps en temps, en tant qu'être humain exotique, je ne dirai pas que je n'ai pas droit à un regard appuyé d'un quelconque passant, mais ça ne va jamais plus loin. Il y a également les boîtes de nuit, où je ne vais pas, mais qui sont connues pour, lorsque l'on est occidentale, être le royaume du chopage gratuit - filles faciles que l'on nous croit, si j'ose utiliser cette expression douteuse.
Mais à part ça, les chances de contact, et de contact enrichissant surtout, avec de jeunes hommes japonais, elles m'apparaissent extrêmement minces. A quoi la faute ? Difficile de le dire avec certitude.

Peut-être qu'un petit aperçu "anthropologique" de la catégorisation genrée dans la société japonais pourrait apporter quelques éclaircissements.
Au Japon, bien plus qu'en France par exemple, les filles et les garçons sont élevés de manière distincte, séparée, et on leur rentre bien dans la tête que ceux d'en face sont d'une espèce différente, qui restera toujours un peu incompréhensible - oui, rien de nouveau sous le soleil à vrai dire, c'est juste le degré qui diffère. Ainsi, par exemple, il est totalement incongru pour les Japonais de vivre avec une personne du sexe opposé autre qu'un membre de sa famille ; lorsque je raconte mes expériences de coloc mixte, je provoque en général une vive fascination.
Au Japon, donc, dès l'école primaire (voire maternelle), garçons et filles sont différenciés par le port d'uniformes différents. Les activités sportives sont rapidement organisées de manière non-mixte - au nom, j'imagine, d'une supériorité physique des garçons sur les filles, qui, si on regarde bien, ne s'exprime réellement qu'à partir du lycée (et encore, en présence de bons sportifs et selon les disciplines). Chose plus significative, il y a encore énormément de collèges et lycées non-mixtes, principalement des établissements réservés aux filles d'ailleurs, mais également des "universités pour filles", comme celle par exemple pas plus loin qu'en face de chez moi ; c'est dire donc que la séparation va très loin.
Garçons et filles sont donc élevés séparément, et aspirent à des avenirs différents ; même encore aujourd'hui, une grande partie des jeunes Japonaises aspirent à un mariage et des enfants après quelques années de boulot seulement, à une vie adulte qui se fera donc en tant qu'épouse et mère au foyer. Les garçons, de leur côté, intériorisent la pression sociale qui fera d'eux des pères responsables, c'est à dire travaillant beaucoup pour entretenir une famille avec laquelle ils n'auront qu'un temps limité à partager. C'est la vie : les hommes doivent être durs et déterminés ; les femmes pas trop l'ouvrir et être aimantes.
Bien sûr, cela non plus n'est nullement une spécificité japonaise, c'est juste étonnant pour la Française que je suis de constater la prégnance de ce modèle pour moi "ancien" au sein des jeunes générations.

Comportementalement également, garçons et filles (restons-en aux jeunes générations) sont très dissemblables. Les Japonaises apportent un soin extrême à leur apparence, avec semble-t-il deux mots d'ordre : mignonneté et faiblesse. Minceur extrême, peau diaphane (la blancheur de la peau est le critère de beauté ultime au Japon - réservé aux femmes, cela va de soir), comportement et voix juvénile, accessoires "féminins" à profusion (maquillage, jupes, talons, dentelles, etc.). Dans l'usage de l'infériorité comme arme de séduction, il faut avouer que les Japonaises font assez fort.
Bien sûr je ne parle pas ici de TOUTES les Japonaises, HEUREUSEMENT, soyons bien d'accord, toute généralité a ses limites ; globalement, les Japonaises sont plutôt charmantes et communicatives, notamment vis-à-vis des étrangers, ce qui est plutôt agréable.
Les garçons sont beaucoup plus discrets, et leur apparence n'a rien de spécial a priori. A noter des critères de virilités marrants qui n'existent pas chez nous, par exemple le fait de ne pas aimer les choses sucrées. En gros, si vous appréciez les desserts, vous êtes un peu une tapette ici (sans reconceptualisation). Par contre, vous pouvez avouer que vous pleurez abondamment devant le drama du samedi soir, apparemment ça, ça ne pose pas de problème.
Le vrai problème des garçons, c'est leurs difficultés de communication. Un homme, c'est connu, ça n'exprime pas ses sentiments, ses émotions, faut deviner ; c'est encore plus vrai ici. Le fait d'avoir grandi chacun dans son jardin, d'avoir appris et développé sagement des goûts antagonistes - le shoppiiiiiing ! - le baseball, yeah ! - n'aide pas non plus, on le comprendra, à trouver de quoi aborder l'autre avec un sincère intérêt.

(Ces différences comportementales marquées sont d'autant plus intéressantes que phénotypiquement, les Japonais et Japonaises se ressemblent beaucoup. Sans uniforme, jusqu'à la fin de la puberté, il n'y a guère que la longueur des cheveux qui soit un indice, et encore. Et même après cette époque charnière de la différenciation sexuelle, le moins qu'on puisse dire c'est que les caractères sexuels secondaires des japonais ne sont pas exubérants ; l'exemple des Japonais contredit à merveille l'idée que ce serait les différences biologiques qui engendreraient des différences comportementales, tout au moins en termes de degré.)

Bref... vous avez au milieu de tout ça une Française, beaucoup trop musclée pour être honnête, toujours à la limite du décent avec ses débardeurs, qui a beaucoup trop tendance à critiquer ce qui lui plaît pas, qui n'a toujours pas compris l'utilité de l'ombrelle au moindre rayon de soleil et qui, de surcroît, approche la taille moyenne de l'homme japonais. Que voulez-vous qu'ils fassent avec ça ? C'est tout simplement trop leur demander. Un de mes rares amis japonais me l'a d'ailleurs dit clairement : "les Européennes ont un caractère trop fort, ça fait peur." Comme ça, c'est réglé.

Donc, le petit copain japonais, ça sera pas pour tout de suite, au grand dam de ma grand-mère qui, à chaque fois qu'elle aborde le sujet sur skype, ne me trouve "pas très dégourdie".
Je me contenterai de continuer à regarder d'un air curieux les groupes de garçons de mon âge, à la salle d'escalade ou dans mon club de badminton, ignorer mon existence avec un soin tout particulier, à faire en sorte de ne jamais croiser mon regard et se borner à un "konnichiwa-otsukaresamadesu" en guise de "bonjour-au revoir". Et de discuter avec toutes les jeunes filles sympas et tous les "ojisan" (hommes ayant autour de la quarantaine) qui trouvent de toute façon génial que je sois française et que je parle aussi bien japonais.
On a les conquêtes qu'on peut !

dimanche 2 octobre 2011

Louis Ferdinand Céline - Voyage au bout de la nuit

« Les indigènes eux ne fonctionnent guère en somme qu’à coups de trique, ils gardent cette dignité, tandis que les blancs, perfectionnés par l’instruction publique, ils marchent tous seuls. La trique finit par fatiguer celui qui la manie, tandis que l’espoir de devenir puissants et riches dont les blancs sont gavés, ça ne coûte rien, absolument rien. Qu’on ne vienne plus nous vanter l’Egypte et les Tyrans tartares ! Ce n’étaient ces antiques amateurs que petits margoulins prétentieux dans l’art suprême de faire rendre à la bête verticale son plus bel effort au boulot. Ils ne savaient pas, ces primitifs, l’appeler « Monsieur », l’esclave, et le faire voter de temps à autre, ni lui payer le journal, ni surtout l’emmener à la guerre, pour lui faire passer ses passions. »

Un livre étrange, qui laisse un sentiment mitigé et pourtant, sème des idées auxquelles on a envie de réfléchir… Voyage au bout de la nuit est de ceux-là.
Commencé avec enthousiasme sur les conseils d’un ami, détesté des les premières pages à cause de son style chaotique dont on ne sait guère s’il se veut beau, insolent ; si sa maladresse a quelque chose de naturel ou plus probablement, de tristement travaillé. Puis malgré moi emportée dans les aventures plus qu’invraisemblables de ce voyageur maudit, qui ne se trouve bien nulle part – cette étrange proximité, toujours, avec les êtres fondamentalement malheureux, inadaptés, à qui il ne reste qu’un amer cynisme pour survivre à peu près.

J’ai admiré la lâcheté assumée de Ferdinand le soldat, cette fierté non sans mérite à aller à l’encontre des grandes idées du siècle, du « bien » unanimement reconnu quels qu’en soient les immondes sacrifices ; cette reconnaissance timide mais solide de l’égoïsme de l’être humain, fondamentale pourtant à un rapport aux autres pourvu de ne serait-ce qu’un peu d’honnêteté.
J’ai ri à la lecture des péripéties de Ferninand le colon, amusée par le ton délibérément politiquement incorrect si on transpose cette œuvre dans un contexte actuel ; à ses observations tranchantes et purement subjectives, dépourvues de toute notion de ce relativisme culturel qui semble, de nos jours, empoisonner sournoisement toute tentative de rapport à l’autre… la subjectivité n’est pas une erreur, comme l’égoïsme elle est un fait qui, aussi minime qu’on le veuille, demeure inévitable ; c’est probablement ce qui fait de moi une irréductible non-scientifique, cette idée que le vrai ne se limitera jamais aux seuls contours d’une objectivité essentiellement théorique.
J’ai considéré avec recul et scepticisme son perpétuel recours à la sexualité comme un besoin à la fois irrépressible et irrémédiablement triste, dépassant cependant le point de vue purement masculin, contrairement à ce à quoi on aurait pu s’attendre.

Mais ce qui reste le plus marquant, et le plus troublant en ce qui me concerne, dans cette œuvre, c’est ce qui la traverse de part en part : la chronique d’une misère omniprésente, une misère sans issue, la misère de la condition humaine. Bien sûr, parfois associée à la misère dans son sens commun, c’est à dire la pauvreté, matérielle, mais pas seulement ; Ferdinand n’est nullement l’avocat du pauvre, sans pour autant envier la situation des « riches » ; c’est un espèce de mépris universel, un esprit mêlé de pitié, auquel personne n’échappe, surtout pas lui-même, qu’il adresse à l’espèce humaine. L’humain, cet animal noyé dans ses désirs et voué donc à une existence de survie, perpétuellement à la recherche d’un ailleurs, d’un meilleur, avec plus ou moins d’acharnement. Chacun vit, comme Ferdinand et Robinson, dans une grande suite de fuites sans fin, avec peut-être moins de relief, moins de violence, mais sur le même mode.

Après avoir refermé les 600 et quelques pages de ce volume, la conclusion s’impose, sans avoir même besoin d’être écrite : peu importe même l’intensité que l’on met dans la fuite, personne n’échappe à cette condition funeste, à moins de renoncer à la vie. Etant quelqu’un de plutôt pessimiste à la base, je dois tout de même avouer que cet accablant constat, et que quelqu’un puisse l’avoir ressenti assez fort pour en avoir tiré cette œuvre, à sa façon magistrale, me laisse dans une grande perplexité. Comme toujours face à ces souffrances que l’on voit, tout en ayant le sentiment que l’on arrivera jamais réellement à les comprendre.
Qui était Céline ? Je ne sais que peu sur cet auteur, que ce que tout le monde sait, ce qui explique peut-être cette lecture tardive. Cependant, à la lecture de ce long roman, je me demande réellement comment ce même auteur a pu être le collaborationniste engagé et l’antisémite virulent qu’il reste pour la postérité… étrangement, la négativité profonde qui émane de ce texte me semble bien au-delà de toute question raciale...


dimanche 25 septembre 2011

Baby you can cut my hair

Avant de commencer à lire cet article, il faut que vous sachiez que ce week-end, j'étais partie pour vous faire partager de très profondes réflexions sur ces traits de comportements étranges que j'observe chez mes semblables japonais ; bref un article sérieux, développé, exemples à l'appui, prompt à nous faire réfléchir ensemble sur ces distinctions fondamentales que les cultures impriment à des individus pourtant pourvus d'un même génome (quiconque verra dans cette phrase une allusion aux récents débats franchouillards sur la pertinence de la "théorie du genre" ne devra s'en prendre qu'à sa propre capacité d'extrapolation).

Mais il m'est arrivé entre-temps une expérience fascinante que je ne peux passer sous silence, et ainsi, au lieu de l'une de mes analyses passionnantes et passionnées vous allez avoir droit à un article futile relatant un simple morceau de ma vie quotidienne : je m'excuse platement auprès de ceux de mes lecteurs qui, je n'en doute pas, seront déçus de voir quel être superficiel je peux être parfois.

Aujourd'hui, pour la première fois, je suis allée chez le coiffeur.

Pour la première fois ici au Japon, bien sûr, vous l'aurez deviné. Pour faire une petite introduction au sujet, il faut savoir que dans ce pays le salon de coiffure semble être une véritable institution : il y en a énormément, dans ma rue presque un magasin sur trois est un coiffeur, c'est tout à fait fascinant pour quelqu'un qui comme moi, se coupe les cheveux au maximum 2 fois par an et encore en y allant à reculons.
Pourquoi tant de coiffeurs au Japon ? La question mériterait presque d'être sociologiquement posée ; pour ma part, j'invoquerai deux hypothèses : l'importance quasi-sacrée que les Japonaises apportent en général à leur apparence, dépensant notamment des cent et des mille en produits cosmétiques et autres subterfuges du genre, dont j'imagine, le coiffeur. Ajouter aussi que la plus grande partie des Japonaises mariées ne travaillent pas, elles ont donc potentiellement le temps, bien plus que chez nous, de passer du temps chez leur coiffeur. Enfin, je sais ne pas être la seule à avoir remarqué ça parmi les expatriés, mais ici mes cheveux poussent vraiment super vite (il paraîtrait que c'est à cause des algues qu'on ingurgite un peu partout), donc un besoin "naturel" de coiffeur plus important. Mais quand même, à ce point, c'est hallucinant !

Bref, mes cheveux ayant donc poussé anarchiquement pendant ces quelques derniers mois et ma frange m'arrivant au milieu des yeux me faisant ressembler, au choix, à un Beatles ou à Anne Laurencin, je me suis décidée à tenter l'expérience. Aller se faire couper les cheveux à l'étranger, c'est toujours un peu un challenge, parce que déjà le vocabulaire de la coiffure je le maîtrise à peine en français, alors allez essayer d'imaginer ça en japonais.
Après quelques jours de repérage, j'ai finalement opté pour un coiffeur presque en face de chez moi, parce que j'avais reçu un prospectus donnant droit à une réduction - préoccupation bassement économique je l'avoue, mais je ne peux juste pas me résoudre à dépenser des sommes astronomiques juste pour raccourcir des poils - il faut savoir que le coiffeur peut être très très cher au Japon ; j'avais vu des prix complètement exorbitants à Tokyo, allant jusqu'à 80 euros pour une simple coupe... bon, faut pas déconner.
Après avoir pris rendez-vous deux jours auparavant auprès d'un jeune homme à l'accueil (qui m'a semblé être au comble du stress juste du fait de devoir s'adresser à l'étrangère non-asiatique que je suis), me revoilà pour le grand jour. Et là, c'est juste allé de surprise en surprise...

Déjà, j'arrive, on me fait asseoir et le coiffeur (le sosie de Eita sans les oreilles pour ceux qui auraient raté ma blague FB) me donne deux fiches à remplir. L'une, fiche administrative classique : nom prénom adresse etc ; oui ici, pour le moindre truc il faut s'inscrire et raconter sa vie. Bon. Et ensuite, une fiche très rigolote censée aider le coiffeur à comprendre ce que je veux exactement. Un QCM donc, pour savoir si je veux couper mes cheveux un peu/beaucoup/pas du tout ; si je veux changer de style un peu/beaucoup/pas du tout, si je cherche plutôt à donner une image adulte/jeune/sérieuse/kawaii/cute (je me rappelle pas tous les termes proposés pour cette question mais bon déjà, kawaii et cute ça paraissait passiblement redondant à une novice de mon acabit), si j'ai des problèmes avec mes cheveux, combien y'a de temps que je les ai coupés, bref, le CV de mes cheveux avant un entretien, quoi.
Sur ce je passe entre les mains d'Eita qui était tout bonnement fasciné que mes cheveux bouclent légèrement naturellement au niveau des pointes (oui parce que les Japonaises font des permanentes juste pour ça) ; et qui me sort comme phrase d'introduction : "vous vous êtes coupé la frange toute seule non ?", ça c'est fait :D Après avoir bafouillé quelques explications vagues armée d'un magazine, Eita semblant confiant quant à la compréhension de mes souhaits, on m'envoie au shampooing.

Là commencent les vrais trucs fous. Le mister shampooing vous emballe donc dans une serviette, puis une espèce de cape en plastique, en attachant le tout avec mille précautions pour s'assurer que de l'eau ne vous coule pas dans le cou (LE truc qui m'a toujours stressée chez le coiffeur français donc j'étais contente); vous avez droit ensuite au shampooing le plus long de l'histoire avant six cent sortes de frictionnages différents ; puis à un essorage minutieux avec séchage de toutes les mèches qui seraient susceptibles de vous dégouliner sur le visage ; le tout à la japonaise, c'est à dire qu'on ne fait pas une action sans vous en prévenir avant : "je baisse le siège", "je mets le shampooing", "je rince" etc. (dans le style du bus qui se sent obligé de vous prévenir lorsqu'il s'arrête, repart ou change de direction...).
Déjà j'en avais la tête qui tournait ! Sur ce, enfin, coupe ! Eita qui n'est jamais allé à l'étranger avait plein de questions à me poser sur là d'où je venais, ce que je faisais, comment c'était la bouffe française, etc. - au moins c'est plus fun que la conversation avec la coiffeuse en France, mélange de météo et de commérages locaux, autre point qui fait qu'aller chez le coiffeur me fatigue en général. Pendant ce temps il coupait donc à droite à gauche à n'en plus finir, si bien qu'à la fin de l'opération mes cheveux étaient complètement secs... mais pas de problème, car un deuxième passage au shampooing est prévu !
Enfin cette fois, il s'agit d'un soin spécial après-shampooing, mais le rituel reste aussi scrupuleusement observé que la première fois. Ensuite retour face au miroir, pour ce que j'imaginais être la phase finale de brushing... mais non ! Figurez-vous que là, c'est le moment... du massage ! Vous avez donc droit à 10 minutes de massage gratuit, épaules, cou, et crâne évidemment, et vous commencez vraiment à vous demander s'ils ont bien compris que vous étiez venu seulement pour une coupe basique...
Finalement, j'ai eu le brushing, style à la japonaise, ce qui fait qu'en sortant j'avais vraiment l'air d'une Japonaise post-permanente avec mes petites bouclettes façon anglaises au niveau des épaules.

(Oui en fait comme je suis allée à l'escalade juste après j'ai pas pu garder la coiffure kawaii assez longtemps pour me prendre en photo, donc voilà un substitut pour que vous ayez une idée)

Résultat... 1h30 pour une "simple" coupe, le tout pour... 23 euros (même malgré le taux actuel de l'euro qui est proprement affligeant). Et une "carte de membre" me donnant droit à des réductions permanentes. Que demande le peuple ?

Les Japonais ont décidément une toute autre notion du service que chez nous, y'a pas à dire. En tous cas, ça a complètement changé ma vision du coiffeur ; j'hésite à y retourner comme ça, juste pour le fun... y'a plus qu'à bouffer des algues !

samedi 17 septembre 2011

La liste des trucs qui existent pas au Japon

Le petit drame quotidien de l'expatrié, et qui plus est de l'expatrié dans un pays dont la culture est assez différente du sien, c'est de ne pas arriver à trouver ce qu'il aurait dû avoir sous la main sans problème chez lui (certains argueront que le Japon n'est pas si différent de l'Occident, étant donné que c'est un pays "moderne", "développé", etc., mais en fait, non).

Mes priorités dans la vie étant ce qu'elles sont, ce problème se pose principalement pour moi au niveau de la nourriture. Chaque jour à peu près intervient une nouvelle funeste découverte, qui se traduit généralement par un "oh nooooooon, ça non plus y'a pas ici ?" mental (mais très fort).
Il y avait déjà la chantilly en bombe, le Nutella (si on ne tient pas compte de l'aberration que constituent les pots de 200g vendus 4 euros dans certains supermarchés de luxe), les courgettes, les lardons, la viande d'agneau - ne nous lançons pas dans une abusive digression - il y a maintenant... la glace en pot.

Ayant récemment fait l'acquisition d'un four (un vrai, un autre truc pour lequel ça a été la croix et la bannière pour arriver à s'en procurer), c'est un peu la fête à la maison et je me suis mis à faire de la cuisine. Ce soir, l'idée était celle d'un crumble (casse-dédi Musson*) pour lequel tous les ingrédients sont à peu près trouvables sans encombres, mais je me suis rendu compte une fois la chose réalisée, que, horreur, je n'avais pas de glace vanille !
Je descends donc au supermarché en bas de l'immeuble (oui, ça c'est cooool) fouiller le rayon glaces et là.... ça :


C'est officiel, le plus gros pot de glace que vous pourrez vous offrir ici a une contenance de 200ml. Autant le dire, c'est pas l'endroit pour se taper une déprime à la Penny.

samedi 10 septembre 2011

The Big Bang Theory

En ces temps de rentrée, je me dois de vous avouer que je ne me sens guère l'énergie de me lancer dans de passionnantes analyses interculturelles ou d'entraînants débats gender-oriented ; plutôt, je fais face au spleen international du "back to work" avec de vrais divertissements, de ceux qui ne vous égratignent pas trop le cerveau mais vous mettent assez souvent le sourire aux lèvres.

Parmi eux, cette série ultra-connue que je ne connaissais pas, ou plutôt me refusais à connaître (le mot "geek" me hérisse un brin le poil, depuis un certain temps) et que j'ai commencé à regarder par hasard, parce que j'avais trop la flemme pour aller chercher un nouveau drama jap dans mon disque dur, et que ça traînait là, dans mon fichier vidéos, sans besoin d'un raccord USB.


"The big bang theory" n'est probablement pas la série du siècle, mais elle a les bons côtés de ces rares séries américaines que j'affectionne : vous faire bien rire avec des intrigues sympatoches sur fond de vie quotidienne, pimentées par quelques personnages qui n'existeraient jamais avec autant d'excentrisme dans la réalité (Sheldon, ou Barney, dans la réalité, tendraient à être des spécimens humains plutôt déprimants), le tout dans un format de 20 minutes qui passe aussi bien qu'une brioche au Nutella au petit déjeuner. Le "pack-détente" parfait, quoi.

A mi-chemin entre How I met your mother et The IT Crowd, The Big Bang Theory, pour ceux qui ne connaîtraient pas et s'ennuieraient, relate les aventures de quatre "geeks", "nerds" ou whatever, mâles, et de leur voisine d'en face, une jolie fille "normale", comme tend à la décrire la série, c'est-à-dire une fille qui a clairement un côté bimbo-bécasse, et pourtant, un bon sens plutôt rassurant ainsi qu'un humour sarcastique et judicieux qui n'est pas pour me déplaire (on dirait d'ailleurs que les réalisateurs n'arrivent pas trop à se décider sur quel aspect de son caractère insister pour rendre la chose plus cocasse selon les situations). Les quatre énergumènes, de leur côté, on comme point commun d'être écartelés entre leur vocation pour la physique et ses phénomènes divers et une passion sans borne pour tout ce qui relève du comic-book, jeux vidéos en tous genre, films de science-fiction, ordinateurs sous toutes leurs coutures, super-héros et j'en passe. Bref, la panoplie de l'intello-geek parfait, avec en prime des caractères spécifiques pour chacun d'eux, nous avons l'immigré indien incapable de parler aux filles, l'ingénieur juif mort de faim qui habite avec sa mère, le cerveau sur pattes avec ego surdimensionné et le presque-normal, gentil et un peu raté de l'équipe, probablement là afin de mettre en relief la bizarreté de l'ensemble.

Bref, un pot pourri proche de l'explosion et qui réussit malgré tout à être hilarant malgré la banalité qu'on serait en droit d'attendre d'autant de stéréotypes regroupés. Si les rires enregistrés qui accompagne toute bonne série américaine du genre n'étaient pas là pour vous indiquer les blagues on s'en porterait pas plus mal, mais qui s'arrête à ça se prive de pas mal de bons fous rires pour pas grand-chose. Petit bonus, si vous avez vous aussi une tendance geek ou une connaissance profonde des phénomènes de notre univers, il se pourrait que vous ayez droit à pas mal de clins d'oeil que j'ai probablement ratés, les références m'atteignant n'ayant guère dépassé le bruit caractéristique du bouton "pause" de l'anthologique Super Mario 64.

Si tant est qu'un aperçu puisse vous tenter :

samedi 27 août 2011

Gender-médiatisme

Depuis l'affaire DSK, les médias et tout particulièrement Le Monde, dont je lis la version online régulièrement, semblent se passionner pour les questions de genre, en ouvrant notamment des tribunes régulières à différents "penseurs" désireux de donner leur avis sur la question.

Je trouve que c'est plutôt une bonne chose, de voir un média tenter de faire réfléchir ses lecteurs sur ces thèmes extrêmement riches et relativement ignorés, de plus en proposant des points de vue variés. Bien que la majorité des réactions publiques à l'affaire DSK m'aient fait littéralement dresser les cheveux sur la tête, il y aura au moins - peut-être - eu des réflexions valables qui seront sorties de tout ça.

Je lisais donc à l'instant cet article au titre aguicheur, et relativement rabâché, "Femmes, ne devenez pas des hommes comme les autres !". A vrai dire, dès le titre, ça ne m'a guère plu : injonction, qui, de plus, s'adresse aux "femmes" comme une masse compacte, définie, assimilante. Beurk, mais passons. Il n'y a pas que du mauvais dans cet article, qui est d'après ce que j'ai compris une réponse à la précédente tribune de Caroline de Haas dans le même journal (et que je n'ai pas encore lue). J'ai d'ailleurs eu l'occasion d'écouter cette Caroline de Haas "en live" l'hiver dernier, lors d'une table-ronde organisée à Bordeaux où elle intervenait en tant que représentante de l'association Osez le féminisme. La première impression qu'elle m'a faite n'était pas la meilleure, un côté "militante de base, rien de nouveau", c'est-à-dire des idées qu'il me plaît d'entendre mais pas forcément novatrices, et un peu irritantes par le fait qu'elles semblent trop facilement attaquables par n'importe quel blaireau rétrograde un peu intelligent. Mais en fait, une fois lancée, elle avait également un côté "bonne militante" : discours solide, un brin agressif, bien argumenté et qui ne perd pas le nord, avec en prime quelques idées qui ne me déplaisaient pas, autour du "les hommes et les femmes ce n'est pas si différent" (Je trouve qu'on ne l'entend pas assez souvent).

Si je ne m'abuse, c'est bien d'ailleurs ce qui chagrine le monsieur en question dont je n'ai pas retenu le nom. On remarquera qu'il prend énormément de gants pour parler de la cause féministe, pour ne pas être attaqué sur ce plan, pour montrer qu'il est absolument acquis à la quête d'"égalité" qui serait selon lui la pierre angulaire de ce combat historique. "Egalité oui, mais différence tout de même" : un discours quand même très connu... Mais qu'est-ce que l'égalité exactement ? Des lois ? Quand ceux qui sont censés les faire appliquer appartiennent en une majorité écrasante à une seule des catégories sexuées, par le privilège que des sociétés séculaires leur donnent ? L'idée de "l'égalité dans la différence" est justement la plus fragile... aussi belle qu'elle soit, elle n'est pas prompte à susciter le changement de mentalité qui fera que les femmes seront estimées également aux hommes dans des emplois à responsabilité, qui fera qu'une femme ne sera pas tuée tous les je ne sais combien de minutes par son conjoint, qui fera qu'un homme qui veut élever ses gosses ne soit pas considéré comme un "sous-homme"... malheureusement.

Mais si les femmes et les hommes ne sont guère différents, est-ce à dire qu'ils sont pareils ? Le monsieur nous dit : cerveaux pareils peut-être, mais corps différents ! Et on ne peut pas ne pas être d'accord avec lui sur ce point : les hommes et les femmes sont physiquement différents. C'est d'ailleurs bien ce qui fait d'eux et d'elles des hommes et des femmes. Cependant, je ne peux m'empêcher d'être curieuse quant aux contours de la "nature féminine" qu'il évoque sans la nommer, découlant selon lui de cette différence sexuée et de son "expérience psychologique". Car de mon point de vue, si les êtres humains n'étaient pas encadrés dès leur plus jeune âge par des codes sociaux aussi stricts que restrictifs, observerait-on une telle différence entre les catégories homme et femme ? La société part de cette différence de base pour en créer énormément d'autres qui sont artificielles, et qui parce qu'artificielles, expliquent que pas tout le monde ne s'y retrouve.
Pour prendre un exemple très simple : de par la "nature", les femmes sont généralement plus petites, et moins développées musculairement que les hommes, donc plus "faibles" physiquement (utilisons les mots qu'il faut). (Je précise quand même que c'est con pour les premières, dans un monde où la faiblesse n'est pas considérée comme le top du top, mais bon, c'est la vie, comme je ne crois pas en Dieu je ne sais pas trop à qui m'en prendre pour ce problème de base) Mais la puissance physique étant communément valorisée comme une caractéristique "masculine" par la société, beaucoup plus de garçons que de filles vont être orientés et avoir des affinités pour des activités physiques, sportives, voire violentes, et on aboutit au final à une population où effectivement, les filles sont en général beaucoup moins costaudes que les garçons, bien plus que l'handicap de base seul ne pourrait le justifier. Nature, nature, mais jusqu'à quel point ?

Je pense pourtant qu'il est extrêmement intéressant de se pencher sur les conséquences réelles de la différence sexuée, si l'on considère comme moi et Caroline que sur les autres plans hommes et femmes peuvent effectivement être "pareils". C'est aussi pour ça que pour moi "féminité" et "masculinité" sont des termes presque vides qui renvoient à cette différence de "nature" uniquement, loin d'englober toutes les conneries que le sens commun leur prête et auxquelles de nombreux êtres humains de ma connaissance me font le plaisir de déroger chaque jour ; notre sexe est inaliénable, les êtres nés femmes seront toujours des femmes, ceux nés hommes toujours des hommes, donc où est le problème ? Il est impossible de "nier" cette nature.
La seule chose qu'on peut nier, c'est les implications sociales qui lui sont attribuées et qui peuvent tout à fait peser légitimement sur l'un comme l'autre sexe. Quel est le problème si certaines femmes veulent "être des hommes comme les autres" ? Ou des hommes pas comme les autres ? Ou si des hommes veulent être des femmes comme les autres également ? Ce n'est jamais qu'une liberté (cf. mon article précédent) qui ne nie en rien la différence naturelle fondamentale si chère à notre auteur, et qui ne devrait pas non plus être niée au nom de cette dernière.

Pour finir, je dois mentionner que j'ai été particulièrement choquée par ce passage final :

Je n'ai rien à échanger avec celui qui m'est identique, comme avec mon inférieur. Dans l'un et l'autre cas, rien à apprendre, rien à recevoir – rien à donner non plus. Mais de l'être qui est mon égal sans être identique à moi-même, de celui-là seulement, je désire la relation, car elle est la promesse d'une découverte et d'un enrichissement mutuel. Femmes, vous nous fascinez pour ce que vous êtes ; notre différence est le difficile trésor qu'il nous appartient d'apprivoiser ensemble. Pour y parvenir, reconnaître et vivre notre égalité est une nécessité concrète ; mais proclamer notre identité serait notre commun échec. Femmes, ne vous laissez pas aliéner, ne devenez pas des hommes comme les autres !

Il semblerait que lui aussi, se laissant emporter par son raisonnement et sa volonté de convaincre les femmes de rester à leur place, dise tout à fait n'importe quoi : est-ce à dire que les hommes ne puissent avoir de relation riche avec aucun autre homme ? Ce monsieur ne discute-t-il jamais avec plaisir avec ses homologues masculins, ne prend-il jamais de plaisir à une soirée entre potes où il n'y a pas forcément de femme dans le coin ? La différence sexuelle ne m'apparaît pas du tout comme la principale source d'enrichissement intellectuel et affectif. Et ce monsieur ne le pense certainement pas non plus. Ce qui est bien, c'est qu'en dépit de leur appartenance forcée à l'une ou l'autre de ces catégories arbitraires, les êtres humains sont tous uniques, et ont tous des choses à s'apprendre les uns les autres. Pas vraiment la peine de se prendre la tête pour sauvegarder des schémas figés, au final.

Se laisser aliéner ? Vous voulez dire accepter les règles du jeu pour se battre à armes égales ? C'est bien beau d'enjoindre à ne pas accepter les codes du masculin, quand ce sont les codes du pouvoir, des dominants... devrait-on attendre la complaisance de ces derniers dans notre coin, tranquillement, sans rien faire, parce qu'on est une "femme" ? Ca sonne un peu comme une condamnation à perpétuité, pour moi.

(Vous avez remarqué, de retour de vacances, je suis en pleine forme !^^)

mardi 2 août 2011

Ôhori Kôen Hanabi Taikai

Comme je le disais précédemment, nous sommes entrés dans l'été avec son lot de festivités plus ou moins traditionnelles. Et parmi celles-ci, les hanabi 花火, les feux d'artifice (pour la petite histoire, hanabi s'écrit avec le kanji de la fleur et celui du feu) tiennent une place absolument incontournable.

L'année dernière, j'avais participé au soi-disant plus grand hanabi du Japon, celui de la Sumida-gawa à Tokyo, qui est aussi le plus grand rassemblement de foule que j'ai expérimenté dans ma courte vie japonaise. A Fukuoka, l'équivalent c'est le hanabi d'Ôhori-Kôen, un très grand et joli parc situé dans le centre de la ville. N'ayant donc pas peur de la foule, et les festivals étant quand même assez rares ici en comparaison de Tokyo, j'ai décidé de m'y rendre.

Le parc a la spécificité d'être construit autour d'un assez grand lac, autour duquel tournent les promenades, avec une sorte de presqu'île qui le traverse de part en part. (D'où son nom, car, je l'ai appris ce week-end, "ôhori" signifie "grandes douves".) Pour vous donner une idée de la chose :

C'est donc de toute évidence un très bon spot pour les feux d'artifice, vous en conviendrez.
Bon, la soirée n'a pas été des plus réussies car tout avait été organisé en avance par une Japonaise, et les Japonais n'ont parfois pas le même sens de l'enjoyment que nous, il faut croire. En résumé, au lieu de regarder le feu d'artifice posé quelque part dans le parc bondé en mangeant allègrement des yakitori géants, des biscuits en forme de pikachu ou des pommes d'amour (toutes choses qui font l'ambiance du matsuri japonais et qui font que le désagrément de l'immersion dans une marée humaine vaut le coup), nous avons marché une demi-heure (dans les 30° nocturnes) pour rejoindre un stade reconverti en super-spot pour feu d'artifice ; et à vrai dire, c'était un échec, car on ne voyait pas le reflet sur l'eau, on était bien mal assis sur une pente herbeuse et en plus, c'était payant (mais c'est une règle au Japon de vous faire payer n'importe quoi). Le truc, c'est que le hanabi a duré 1h30... et si vous voulez mon avis, c'est un brin long ! Toute mon enfance j'ai attendu avec impatience le feu d'artifice du 14 juillet, qui me semblait toujours finir trop vite, et pendant une demi-heure je restais, comme tout le monde d'ailleurs, bouche bée à regarder les belles bleues et rouges en espérant que ça ne finisse jamais... Ben quand ça dure 1h30, je vous assure que plus personne n'est émerveillé. Même les enfants se lèvent 4 à 5 fois pour aller faire un tour, acheter à bouffer, aller pisser... tout le monde y va mais finalement tout le monde finit par s'en foutre ; un peu dommage, quoi.

Pour finir sur le fameux échec, quand on a enfin réussi à rejoindre le vrai lieu de la fête, après trois quarts d'heure de marche (il a fallu plus de temps au retour, on allait à contre-foule...), tout impatients qu'on était de s'empiffrer de junk-food japonaise... 22h30, extinction des feux ! Au sens propre : plus une lumière dans le parc et les vendeurs en train de replier leurs baraques dans le noir. Et nous dépités.

Enfin, le matsuri a quand même été l'occasion de croiser de fameux spécimens de japonais, et ça, ça vaut toujours le coup. Il y avait bien sûr les incontournables yukatas, kimonos d'été que généralement les jeunes filles ne perdent pas une occasion de porter quand il y a des évènements comme celui-ci ; du plus pur style traditionnel au style beaucoup plus courant du supermarché (noir à fleurs roses, et faux noeud clippé à la ceinture), en passant par des variantes des plus douteuses : le yukata-pouf, qui consiste à porter le tout en descendant le col jusqu'au milieu des bras pour faire un effet décolleté des plus distingués, le tout rehaussé d'un bon kilo de maquillage ; ou encore le yukata-pyjama, pour celles qui comme moi semblent trouver qu'il est bien trop contraignant de porter un vrai yukata, alors on prend le tissu, mais on en fait un pyjama-pantacourt (et honnêtement, ça fait juste pyjama quoi). J'ai aussi vu le punk traditionnel, avec coiffure rebelle, et yukata noir satiné ; une fille qui portait 2 soutifs hyper-rembourrés superposés (un rose à noeud et un léopard...) en guise de poitrine, des écolières portant des talons de 10cm facile et un garçon qui portait la ceinture de son pantalon au-dessous de l'entrejambe, ce qui m'a paru une prouesse particulièrement difficile et particulièrement sexy (au moins celui-là, il trompait pas sur la marchandise, et du premier coup d'oeil !).

Enfin y'a toujours de quoi s'amuser dans un matsuri japonais !

dimanche 31 juillet 2011

'Fait chaud... 暑いね!


Au Japon, à partir du mois de juin, il y a un mot-clé à connaître qui est présent dans 100% de vos conversations avec autrui : 暑いね〜, à prononcer "atsui neee" - le sens en est très simple : "il fait chaud, heiiiiiiin" (le heiiiiiiin, neeee en japonais, est très important pour montrer combien vous souffrez de la chaleur). Et oui, parce que ce n'est pas un secret pour grand-monde, au Japon il fait CHAUD, trop CHAUD ; et en fait c'est pas tellement qu'il fait chaud (venant de Provence un petit 31° devrait être pure routine !), c'est l'amplification de la température d'au moins 10 degrés, au bas mot, par l'humidité ambiante, et surtout l'absence de fraîcheur nocturne - certes, un 31° la journée, mais un 28° le soir ! On apprend donc à transpirer sans complexe, et à affectionner violemment cet engin gros, moche et consommateur d'énergie qu'est le climatiseur.

Ouais, l'été au Japon, c'est pas que du fun. Passer mon deuxième été au Japon après avoir passé les hivers en France me donne assez le sentiment de m'être fait arnaquer, étant donné que c'est ma saison préférée et qu'ici, on a plutôt hâte d'en finir qu'autre chose.

Petite histoire des étés au Japon :

- tout commence par un mois de juin des plus sympathiques avec ce qu'on appelle le tsuyu, la "saison des pluies" (bon c'est pas vraiment une saison parce que ça dure un mois...). Le tsuyu, c'est pas de la rigolade, c'est des vraies pluies diluviennes qui sont capables de vous tremper de la tête aux pieds en 5 minutes de marche, même avec parapluie. Donc c'est une mauvaise période à passer, le problème c'est qu'on sait qu'à la sortie il y a une montée du mercure de 10 degrés et deux mois de chaleur moite intense qui vous attendent, donc c'est une impatience modérée.

- Après le tsuyu, on entre donc dans l'été, le vrai. Avec son air collant propice à une solidarité formidable avec n'importe lequel de ses semblables - les collègues de bureau, le papy qui attend le bus, la vendeuse de bentos du coin, les beaux gosses devant la salle d'escalade, vos camarades d'ascenseur - à grands coups de "atsui neee", l'été est peut-être donc la saison pour se faire des potes (malheureusement, la chaleur ne rendant pas sexy, pas plus que des potes je pense).

- Mais le principal truc cool (ironie) de l'été, en ce qui me concerne, c'est l'apparition soudaine de nos amis les insectes. Déjà en France je suis pas fan, mais ici la moindre bestiole prend des proportions gigantesques. Régulièrement, des scarabées se donnent le mot pour m'attendre devant ma porte le soir (sympa), et un scarabée japonais, ça fait facile 3 ou 4 fois celui de chez nous (je ne comprends pas comment certains arrivent à passer à l'intérieur de la moustiquaire avec de telles mensurations). Les cigales, dont j'aime beaucoup entendre le chant dès le matin (ça donne une impression de sieste dans le jardin, sauf que là les fenêtres sont fermées...), font facile 6 à 7 cm, elles sont tellement grosses qu'elles tombent tout le temps de leurs perchoirs et on en retrouve plein partout les pattes en l'air. J'ai aussi vu des frelons deux fois plus longs que les français avec des rayures orange au lieu de jaune (flippant). Et enfin, spécimen que je n'ai pas encore eu la chance de rencontrer mais dont j'ai été très heureuse d'apprendre l'existence dans ce beau pays, le mukade (cherchez sur Google, ça vaut le détour). Bon, et sans mentionner les moustiques qui vous font des piqûres de la taille de celles d'un taon.

Mais bon, je me plains, je me plains, mais la semaine dernière il y a eu un typhon (le Japon est aussi le pays de prédilection de tous les phénomènes naturels violents) qui est venu se balader au large des côtes, nous offrant pour quelques jours la fraîcheur d'un été français : que du bonheur !

Et l'été, en dehors de ces désagréments, c'est aussi la saison des matsuri, les festivals japonais où on peut acheter plein de trucs marrants à bouffer en regardant des feux d'artifice ou des danses traditionnelles. D'ailleurs, étant maintenant en vacances, je dois en faire un pas plus tard que demain soir. L'occasion peut-être de vous raconter d'autres folles aventures !

PS : désolée pour ce mois sans nouvelles, je savais bien que je tiendrais pas le rythme... Merci à ceux qui m'ont relancée ;)

lundi 27 juin 2011

Alain Bashung - La nuit je mens



N'ayant guère le temps, en cette soirée de fin de week-end, pour un long commentaire inspiré des us et coutumes japonais, mais ayant toutefois l'intention de mettre à jour ce blog de temps en temps - et l'impression diffuse, surtout, que si je ne m'y tiens pas la bonne résolution tombera très vite dans l'oubli - j'ai décidé de vous livrer ce soir un peu de l'ambiance musicale qui m'accompagne depuis mon arrivée à Fukuoka.
C'est aussi l'occasion d'inaugurer une section musicale, car bien que je ne me considère guère comme une grande mélomane, la musique a toujours été un accompagnant nécessaire de mon existence. Avec des hauts, des bas, des variations de genre très importantes, mais néanmoins en continu.

J'ai commencé très récemment seulement à écouter Alain Bashung ; j'avais toujours eu, jusque là, une image assez négative du personnage - genre gros mec pas très sexy mais qui y croit, ambiance un peu glauque, etc. Des préjugés d'ailleurs pas totalement faux, comme en atteste le clip ci-dessus, pour le moins crasseux et légèrement hentai, mais bon... - mais je me suis surprise récemment à me sentir presque nostalgique à l'écoute fortuite d'"Osez Joséphine", et je me suis donc procuré le best of. Donc, si je dois aujourd'hui donner mon avis sur cet artiste que j'ai fini par apprécier, je dois avouer que me gêne toujours un certain penchant, disons, "phallocentré", une insistance sur le vécu masculin des expériences et des sentiments relatés... dont je me sens de fait, un peu exclue, et donc frustrée...

Mais cela étant, certaines de ses chansons me touchent particulièrement et celle-ci, bien que très connue, est peut-être bien ma préférée... Elle m'évoque de longues routes de nuit, l'odeur humide des paysages endormis, les lignes blanches qui se réfléchissent et sinuent inlassablement ; ou même, les lumières au loin qui défilent à la fenêtre des trains. Il y a à la fois dans ce morceau une poésie triste, bien accordée me semble-t-il à la nostalgie qu'apportent nécessairement les soirées qui s'installent et leur ciel noir (l'heure étrange, suspendue aux confins du soir {...} où, même au sein d'une joyeuse compagnie, on peut être surpris par un vague pressentiment de la fragilité des choses, pour reprendre encore une fois les termes de Mishima) ; et la violence d'une fuite, dans cette envolée rapide des violons aux refrains, qui s'amplifie doucement jusqu'à la fin...
Car les nuits sont toujours des moments particuliers d'émotion, d'interdits, propices à rappeler de lointains souvenirs autant qu'à promettre d'incroyables échappées ; poésie froide et mystérieuse de l'obscurité...

... des montagnes de questions
où subsiste encore ton écho
où subsiste encore ton écho...