mercredi 11 janvier 2012

Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet, Dominique Ottavi - Conditions de l'éducation

J’ai récemment (et longuement, laborieusement, vu mon rythme de lecture éblouissant depuis que je suis devenue une « active ») eu l’occasion de lire cet ouvrage, prêté par mon père, traitant des difficultés de l’entreprise éducative à l’époque actuelle. A mi-chemin entre ouvrage de recherche et vulgarisation, le format de ce livre pourra en rebuter plus d’un, certains le jugeant « trop court » et manquant de références ou d’approfondissement sur bien des points du raisonnement, tandis que d’autres le trouveront indigeste ou inaccessible. Pour être un peu initiée à la lecture d’ouvrages de sciences sociales mais guère spécialiste de l’éducation, peut-être que cela m’était finalement adapté, bien que je me sois par endroits sentie un peu dépassée ou au contraire frustrée.Cet ouvrage se présente comme « un constat » sur la situation de l’enseignement, sur les causes identifiables de ses difficultés, et se veut également proposer des pistes, restaurer, ou créer, des « conditions » nécessaires, non seulement au bon fonctionnement, mais aussi tout simplement à l’existence, de l’entreprise éducative en tant qu’institution sociale majeure.

Si j’ai trouvé la partie « constat » plutôt instructive, les propositions formulées ne me semblent pas si concrètes et évidentes que la quatrième de couverture ne l’annonçait. Néanmoins, c’est un ouvrage que je conseillerais de lire à tous ceux qui se sentent touchés par les problématiques de l’éducation, car il fait bien (bien que rapidement) le tour de la question ; et même si vous n’êtes pas d’accord avec le propos, cela permet toujours d’affiner ses propres connaissance et opinions sur le sujet.

Ce livre met en évidence, pour ceux qui l’ignoreraient – et ce ne peut guère être mon cas étant donné mon inévitable proximité de longue date avec le milieu enseignant – et contrairement aux solutions que la sphère politique tend à apporter au « malaise » de l’école, que le problème de l’éducation est bien plus de nature sociétale que pédagogique. Les problèmes de l’école dépassent largement la salle de classe et ses acteurs, enseignants et apprenants, et découlent des mutations importantes subies par la société qui l’encadre, et qui contrairement à ce qu’on pourrait croire, ne datent pas d’hier. Pour ma part, j’ai trouvé très intéressante la réflexion menée sur l’individualisme, comme mouvement d’injonction à être toujours plus « soi-même » au détriment du lien social, sur la difficulté de faire une « société » de la juxtaposition de toutes ces singularités revendicatrices. A l’heure où on entend constamment répéter ce mot d’ « individualisme », sans trop savoir ce qu’il y a derrière - surtout ici, au Japon, où j’entends assez souvent les Japonais taxer d’ « individualistes » les Occidentaux, le sens peu réfléchi prêté à ce vocable semblant se rapprocher franchement du simple égoïsme, alors que les Japonais eux-mêmes ne sont guère exempts de leurs penchants égoïstes -, c’est à mon sens un angle de vue propice à la réflexion (réflexion propice à la réflexion… bon, tant pis).

L’ouvrage propose d’aborder la question à travers quatre problématiques : les relations entre la famille et l’école, le sens des savoirs dispensés, la question délicate de l’autorité et son rôle nécessaire dans l’institution éducative, et, de façon plus brève et générale, la place de l’école dans la société contemporaine.

Je vous propose de partager et commenter quelques passages qui m’ont particulièrement plu ou déplu, afin d’avoir un aperçu des idées présentées par les auteurs et partager quelques réactions les sujets évoqués. Les passages reproduits ne sont ni exhaustifs ni représentatifs de la totalité du propos, ce sont simplement ceux qui, très personnellement, m’ont donné envie de réfléchir et de faire part de mon opinion ; m’étant rendu compte que commenter tous les passages qui m’intéressaient était assez ingérable en termes de longueur, j’ai décidé de me restreindre à trois passages de la partie concernant les relations famille-école, quitte à consacrer un prochain article, si le cœur y est toujours, aux autres parties tout aussi dignes d’intérêt.

Les deux premiers portent sur des questions tout à fait d’actualité, l’une à l’échelle de la société française, l’autre à celle de la famille contemporaine. Le dernier est plutôt l’objet d’un gros coup de gueule, tant le contenu m’en a choquée ; mais d’un côté, il est toujours bon de voir parfois écrit ce genre d’ineptie, histoire de se rendre compte qu’on a toujours l’énergie pour une bonne diatribe féministe, et de remettre les pendules à l’heure.

« L’école a toujours occupé une position très particulière, à la charnière du privé et du public : en tant qu’enfant, l’élève demande en effet à être considéré dans sa singularité, au regard de ses besoins et de son développement propres ; mais il rencontre déjà, progressivement, l’impersonnalité des relations collectives et l’objectivité des savoirs transmis. L’appréhension de cette distinction entre la vie privée et la vie publique, entre le particulier et le général, est si peu évidente qu’on en faisait, à la naissance de l’institution scolaire, l’une des fonctions explicitement assignées à l’éducation. C’est à l’école qu’on apprenait à connaître la diversité de ses appartenances et à les hiérarchiser. Or aujourd’hui, la dimension publique et institutionnelle de l’école est devenue chose étrange et inacceptable. Enfants et parents eux-mêmes contestent cette impersonnalité pourtant modérée. Il n’est pas rare que, lors de ces réunions où les enseignants expliquent aux parents les programmes, les méthodes et les exigences de la scolarité, ces derniers manifestent leur impatience d’entendre parler de « leur » enfant et réclament le respect de leur « singularité ». »

Ce passage renvoie à la question très prégnante, à l’échelle nationale ces dernières années, du « lien social » que j’évoquais plus haut. Si quelque chose est devenu évident pour moi au fil des années, c’est que le sentiment d’appartenance nationale, en France, l’idée de former une société aux valeurs communes du fait de vivre dans un même Etat, avec la même langue, les mêmes règles, est de moins en moins fédérateur. Hormis Marine Le Pen et les grands pontes de l’UMP, je n’entends jamais personne dire « je suis fier d’être français, je suis content d’être français ». Est-ce à que toute forme de cohésion sociale rime avec une forme de xénophobie latente ? On pourrait le penser, en voyant par exemple qu’ici au Japon, les gens ont globalement l’air contents de vivre dans la société qui est la leur, mais que le corollaire en est une faible ouverture vers l’extérieur. Mais je ne le pense pas. Je trouve que le climat social en France devient clairement malsain, et un peu plus chaque jour, et cela est dommage. La question de l’origine, ou de l’appartenance religieuse, sont devenues centrales et révélatrices : j’écoute toujours avec une gêne certaine tous ces Français qui revendiquent leur origines étrangères, même les plus lointaines, comme si c’était une fierté particulière, de pouvoir dire : « oh non, moi je ne suis pas vraiment français ! » ; mais bien peu seraient à même d’expliquer clairement ce qui les dérange tant dans le fait d’être français. Moi, je suis plutôt contente d’être française. Et vivre à l’étranger m’aide chaque jour à voir un peu plus les bons côtés de la société dans laquelle j’ai grandi ; et surtout à comprendre qu’aucune société n’est parfaite, il y a toujours un revers de la médaille pour les bons côtés que l’on peut trouver à l’une ou à l’autre. Mais le fait que cette volonté de « vivre-ensemble » disparaissent peu à peu sous les revendications criardes d’un groupe ou un autre, est inquiétant. Dans un tel climat, il n’est pas étonnant que l’école, institution publique par excellence de fait de son caractère obligatoire, ne puisse jouer son rôle de formation à la vie adulte et citoyenne.

« Car aujourd’hui, ce n’est plus le couple qui fonde la famille, c’est l’arrivée de l’enfant. L’enfant constitue le pivot de la famille, et les parents tentent de se maintenir autour de lui. Le principe d’indissolubilité glisse de la conjugalité à la filiation. Le lien d’engendrement devient la seule garantie de continuité et de stabilité de la famille. Le lien amoureux, lui, constitue les couples dans des arrangements divers et mobiles. Il requiert l’authenticité du sentiment et l’intensité de la passion. Chacun s’attache à garder son indépendance, dans une relation qui fait l’objet de négociations rationnelles – partage des tâches domestiques, non-cohabitation, décision d’enfanter ou de ne pas le faire – , un rapport de personne à personne où chacun se conserve dans sa séparation et qui n’est pas destiné à donner un nous. On pourrait penser que, dans cette légèreté de l’union, les hommes et les femmes ont acquis un degré de liberté supplémentaire. Il semble bien cependant qu’ils n’y trouvent pas cette reconnaissance réciproque et cette objectivation du lien susceptible de donner à chacun l’assurance de soi, si l’on en juge par la quête éperdue de satisfaction affective qui se manifeste par exemple dans le désir d’enfant. »

Coïncidence, j’avais entendu parler récemment, dans un podcast d’une conférence universitaire sur le thème du couple, un psychologue (je crois) détailler cette même thèse de l’enfant comme ciment de la famille. Je me suis rendu compte que j’avais tendance moi-même à penser que le lien de filiation était le seul type de lien, en quelque sorte, indestructible. Peu importe les évènements, les séparations volontaires ou non, un père, une mère, une sœur, un frère, un enfant resteront pour nous père, sœur, fils, etc. Combien de films, de séries (les dramas japonais sont d’ailleurs un must en la matière), de romans n’ont-ils par pour thème les retrouvailles entres membres d’une famille un temps séparés ? Il me semble que je suis née et ai grandi avec cette idée. Bien avant ma naissance, lorsque le mariage était considéré comme un engagement « à vie », pensait-on différemment ? Pour autant, même s’il paraît extrêmement égoïste, dit comme cela, de faire des enfants pour répondre à ses propres besoins affectifs, en d’autres termes créer un être qui nous sera toute sa vie attaché qu’il le veuille ou non, est-ce plus égoïste que toute autre raison pour laquelle on peut décider d’avoir des enfants ? Pour autant que je sache, il n’existe pas de raison véritablement altruiste de donner naissance à un enfant ; c’est toujours, dans le meilleur des cas, parce qu’on le veut : que ce soit par conformité sociale, par nécessité économique, pour transmettre ses valeurs, ou par nécessité de combler un vide affectif, ce n’est jamais purement POUR l’enfant à naître… est-ce mal pour autant ? Et la situation actuelle à ce propos est-elle réellement à déplorer ?

Voici à présent le passage qui m’a choqué, d’autant plus que jusque là, le propos me convenait plutôt bien. Il y avait tellement de choses à dire que j’ai mis mes commentaires en notes.

« Les études récentes concernant les genres remarquent la permanence des « stéréotypes sexués » en matière de goûts, de loisirs et d’orientation professionnelle, tout en constatant un relatif affranchissement par rapport à ces codes. Sans tomber dans un essentialisme naïf, on peut se demander s’il s’agit vraiment de « construction sociales » (1). On le sait, la toute première interrogation des enfants concerne leur identité sexuelle. Suis-je une fille ou un garçon ? Qu’est-ce qui me distingue des enfants de l’autre sexe (2)? L’identité sexuée est tellement constitutive du sujet humain que l’on se demande comment la mixité d’éducation abolirait ce que certains persistent à voir comme des stéréotypes, et qui tient pourtant à la conscience vive et très tôt ressentie d’une différence physiologique et biologique essentielle. Que cette différence entraîne des comportements et des aspirations propres à chaque sexe, il est possible de l’expliquer sans faire appel au poids des représentations sociales (3). En revanche, on peut se demander comment cette identité sexuée peut se construire en l’absence d’une représentation positive et attractive de son propre sexe, représentation que l’enfant ne manquera pas d’aller chercher, s’il ne la trouve pas chez ses parents, dans la mythologie, dans la bande dessinée ou les images publicitaires (4). C’est pourquoi il importe aux enfants des deux sexes que leurs parents assument leur différence sexuelle et la complémentarité de leurs rôles dans l’éducation. Est-il besoin de réactiver la vulgate lacanienne du père séparateur pour faire comprendre aux candidats à la procréation que, pour que leurs garçons et leurs filles acceptent leur identité sexuée, les deux pôles de l’humanité naguère associés aux valeurs du masculin et du féminin, doivent être représentés aux yeux des enfants ? »

Or, sans nier les inégalités qui touchent encore les femmes en matière professionnelle ou domestique (5), force est de constater une certaine fragilisation de l’identité masculine à l’intérieur des nouvelles configurations familiales. Les jeunes garçons peinent à trouver leur place. Le sexe qui fut dit « dominant » semble davantage pâtir non pas socialement, mais en matière d’identité psychique, de l’évolution vers une espèce d’indifférenciation des genres (6). Si les valeurs autrefois typiquement masculines d’abstraction de soi et de dévouement à la chose publique disparaissent de l’environnement de l’enfant, que reste-t-il à un garçon lorsqu’il constate qu’il a les mêmes prérogatives que les filles, sauf la beauté et cette aptitude à la maternité tant valorisées par ailleurs (7)? »

(1) S’agit-il de constructions sociales ? Le simple fait que l’on puisse parler de goûts relatifs à « l’orientation professionnelle » pour les femmes semble montrer, historiquement, que la culture doit en effet y être pour quelque chose… il y a quelque temps, la question se posait probablement avec nettement moins d’acuité…

(2) Le « on le sait » qui débute cette phrase fait certainement référence à des études en psychologie, j’imagine, mais lesquelles, notre auteure trouve cela tellement évident qu’elle ne prend pas la peine de les mentionner. Et comme par malchance, je ne suis guère psychologue, et n’ai une bonne connaissance que des « études récentes concernant les genres » dont je suis loin de tirer les mêmes conclusions qu’elle, je ne peux que me tourner vers ma propre expérience d’enfant, et il ne me semble pas que la différence sexuée ait été un grand problème existentiel pour le petit moi (ou était-ce inconscient ? ou j’ai oublié, quelque chose de si important ?). Il me semble que très tôt, la différence entre filles et garçons était acquise et ne suscitait pas beaucoup de réflexion. En effet, comment un enfant peut ignorer s’il est garçon ou fille ? Bien avant qu’il soit à même de se poser la question, il est déjà traité en tant que tel ou telle. La question ne se pose pas longtemps, à mon avis. Mais, de plus, toujours dans mon cas personnel, le fait d’être une fille ou un garçon ne me semblait pas si important jusqu’à la fin de l’école primaire. D’un point de vue physique, garçons et filles étant relativement similaires tout au long de l’enfance, être un enfant était plutôt facile à vivre. Dans la cour de l’école, je jouais avec des filles et des garçons, au loup, aux billes, à faire la course… et ce n’était pas que moi. Il paraît qu’aujourd’hui c’est différent… que chacuns et chacunes jouent dans leur coin, mais en attendant, il n’empêche que l’ambition universelle de l’affirmation ne peut que me gêner grandement.

Pour moi, et je ne pense pas être la seule, c’est à partir de la puberté que l’appartenance sexuée a pris un sens, et a commencé à devenir gênante. A partir de là, on ne pouvait plus faire comme on voulait, il fallait se ranger : si t’étais une fille, faire la fille, comme il faut, un minimum. Pas une question de vie ou de mort, mais presque.

(3) Ah bon, et comment ? Et surtout « sans tomber dans un essentialisme naïf » ? Affirmer une telle chose, sans la moindre référence, la moindre justification, comme si cela allait de soit, de la part d’une universitaire, est extrêmement choquant. Car elle ne dit pas ici seulement que le biologique joue aussi un rôle, mais tout simplement que sans faire appel au culturel, on peut tout expliquer des différences de genre.

(4) Mais à part ça, la culture, la société, l’environnement, n’ont aucune influence sur la construction de l’identité genrée…

(5) Non, sans les nier, mais de quelles inégalités peut-on encore parler lorsqu’on enjoint le couple parental à « assumer sa différence sexuelle et la complémentarité des rôles » féminin et masculin, et que l’on déplore la disparition de la « valeur typiquement masculine de dévouement à la chose publique » ? Finalement les femmes ne sont elles pas un peu à leur place à la maison ? N’est-ce pas tout simplement la continuité naturelle de cette aspiration biologiquement déterminée ? La contradiction est tellement flagrante qu’elle dénue cette phrase de tout sens, n’en faisant que ce qu’elle est certainement, un pauvre rempart contre d’éventuelles critiques féministes outrées, à raison, par le côté profondément rétrograde du propos.

(6) Je serais heureuse d’une telle évolution mais personnellement, je rencontre quotidiennement tout un tas de signes qui disent le contraire. Il suffit d’ouvrir un magazine, d’allumer sa télé, de lire un article du Monde ou tout simplement d’observer les gens dans la rue, pour se rendre compte combien l’indifférenciation n’est pas du tout d’actualité. Je ne sais pas où vit cette auteure.

Sur la question de la « fragilisation psychique » des jeunes hommes quant à la construction de leur identité, il m’est difficile de m’avancer, et il serait intéressant d’avoir un aperçu de l’expérience des intéressés. De l’extérieur, en tous cas, je trouve que peu de garçons (pas aucun, mais peu) se préoccupent de leur genre, et en tous cas ne s’en plaignent pas ; je disais récemment à une amie que la majorité des personnes que je sentais touchées par la question de l’identité genrée étaient généralement des filles. Mais peut-être est-ce un effet de la fierté masculine et de la difficulté prêtée aux hommes à communiquer sur leur mal-être (stéréotype ?) ?
Il me semble cependant que les recompositions de la société « post-féministe » peuvent en effet être source d’une certaine déstabilisation psychique pour les représentants du sexe qui fut si longtemps, et sans contestation, le « sexe fort ». Tout dominant, ou plutôt tout groupe dominant, ne peut guère vivre avec joie et indifférence les attaques contre son pouvoir et la diminution consécutive de son emprise sur ceux qu’il domine ; et même si la lutte féministe ne vise que l’égalité entre être humains, et non la domination du masculin, elle n’en reste pas moins une menace pour une situation séculairement établie qui profitait aux hommes, ce qui peut à juste titre être perçu comme un « déclassement » par ceux-ci. « Déclassement » que les hommes éduqués dans un idéal égalitaire vivront comme plus ou moins naturel, mais les relents de dominations étant loin d’avoir disparu de la société actuelle, tout enfant homme élevé dans cette société peut aussi bien se sentir attiré par un certain conservatisme.

(7) Le passage se termine en beauté, et j’avoue que cela m’a laissé bouche bée. Si j’essaye de reconstruire la logique sous-jacente à cette dernière phrase (car tout est quand même extrêmement condensé), j’en déduis qu’il « ne reste rien » à un garçon lorsqu’il « a les mêmes prérogatives que les filles ». Autrement, l’égalité des sexes retire tout intérêt, toute capacité d’action à la trajectoire des êtres mâles ? Parce que les filles peuvent faire la même chose, plus rien n’a de valeur ? Ou alors serait-ce parce que les filles sont subitement devenues « dominantes », du fait que parce qu’en plus de ces prérogatives désormais accessibles à tous (on en reparlera…), elles ont « la beauté et la maternité » ? La beauté et la maternité, les armes de la vengeance féminine ? C’est à se demander si on doit en rire. La « beauté », bien loin d’une prérogative, est LE symbole de l’aliénation féminine aux désirs du masculin, à mes yeux LE reliquat essentiel de la domination masculine à notre époque. Je sais bien que sur ce point la plupart des gens ne seront pas d’accord, après tout les publicités nous le serinent continuellement, c’est pour elles-mêmes que les femmes veulent être belles, etc. (mais comme je le dis toujours, je n’ai jamais vu une femme s’apprêter « pour elle-même » lorsqu’elle passe une journée tranquille à la maison ; quand on est seul avec soi, bizarrement, tout le monde s’en fout d’être moche, négligé et le pyjama est votre meilleur ami). Quant à la maternité, prérogative, je pense qu’il faut demander leur avis aux intéressés de part et d’autre. Certes, certaines femmes vous diront que c’est fabuleux d’être enceinte, que c’est une expérience inégalable que de sentir un enfant grandir en soi et le mettre au monde, et oui, peut-être – bien que la plupart avoueront facilement que l’accouchement n’était pas une partie de plaisir. Mais beaucoup de femmes, et de plus en plus il me semble, vous diront aussi qu’elles n’ont guère envie, ou peur, voire que ça les dégoûte, l’idée de tout ce processus biologique quand même vachement lourd et pourtant inévitable si vous voulez avoir des enfants. Quant aux messieurs, il me semble bien que je n’en ai jamais entendu un me dire « j’aimerais trop être enceinte, moi, vous en avez de la chance » ; tout au plus, je crois avoir entendu des trucs comme quoi la relation de la mère à l’enfant, du fait de la proximité découlant de la grossesse, était un lien dont certains pères pouvaient se montrer envieux. Bref, « prérogative », « valorisé », ce sont presque des gros mots dans ce contexte.

Ah, sinon, bonne année :)

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