dimanche 25 septembre 2011

Baby you can cut my hair

Avant de commencer à lire cet article, il faut que vous sachiez que ce week-end, j'étais partie pour vous faire partager de très profondes réflexions sur ces traits de comportements étranges que j'observe chez mes semblables japonais ; bref un article sérieux, développé, exemples à l'appui, prompt à nous faire réfléchir ensemble sur ces distinctions fondamentales que les cultures impriment à des individus pourtant pourvus d'un même génome (quiconque verra dans cette phrase une allusion aux récents débats franchouillards sur la pertinence de la "théorie du genre" ne devra s'en prendre qu'à sa propre capacité d'extrapolation).

Mais il m'est arrivé entre-temps une expérience fascinante que je ne peux passer sous silence, et ainsi, au lieu de l'une de mes analyses passionnantes et passionnées vous allez avoir droit à un article futile relatant un simple morceau de ma vie quotidienne : je m'excuse platement auprès de ceux de mes lecteurs qui, je n'en doute pas, seront déçus de voir quel être superficiel je peux être parfois.

Aujourd'hui, pour la première fois, je suis allée chez le coiffeur.

Pour la première fois ici au Japon, bien sûr, vous l'aurez deviné. Pour faire une petite introduction au sujet, il faut savoir que dans ce pays le salon de coiffure semble être une véritable institution : il y en a énormément, dans ma rue presque un magasin sur trois est un coiffeur, c'est tout à fait fascinant pour quelqu'un qui comme moi, se coupe les cheveux au maximum 2 fois par an et encore en y allant à reculons.
Pourquoi tant de coiffeurs au Japon ? La question mériterait presque d'être sociologiquement posée ; pour ma part, j'invoquerai deux hypothèses : l'importance quasi-sacrée que les Japonaises apportent en général à leur apparence, dépensant notamment des cent et des mille en produits cosmétiques et autres subterfuges du genre, dont j'imagine, le coiffeur. Ajouter aussi que la plus grande partie des Japonaises mariées ne travaillent pas, elles ont donc potentiellement le temps, bien plus que chez nous, de passer du temps chez leur coiffeur. Enfin, je sais ne pas être la seule à avoir remarqué ça parmi les expatriés, mais ici mes cheveux poussent vraiment super vite (il paraîtrait que c'est à cause des algues qu'on ingurgite un peu partout), donc un besoin "naturel" de coiffeur plus important. Mais quand même, à ce point, c'est hallucinant !

Bref, mes cheveux ayant donc poussé anarchiquement pendant ces quelques derniers mois et ma frange m'arrivant au milieu des yeux me faisant ressembler, au choix, à un Beatles ou à Anne Laurencin, je me suis décidée à tenter l'expérience. Aller se faire couper les cheveux à l'étranger, c'est toujours un peu un challenge, parce que déjà le vocabulaire de la coiffure je le maîtrise à peine en français, alors allez essayer d'imaginer ça en japonais.
Après quelques jours de repérage, j'ai finalement opté pour un coiffeur presque en face de chez moi, parce que j'avais reçu un prospectus donnant droit à une réduction - préoccupation bassement économique je l'avoue, mais je ne peux juste pas me résoudre à dépenser des sommes astronomiques juste pour raccourcir des poils - il faut savoir que le coiffeur peut être très très cher au Japon ; j'avais vu des prix complètement exorbitants à Tokyo, allant jusqu'à 80 euros pour une simple coupe... bon, faut pas déconner.
Après avoir pris rendez-vous deux jours auparavant auprès d'un jeune homme à l'accueil (qui m'a semblé être au comble du stress juste du fait de devoir s'adresser à l'étrangère non-asiatique que je suis), me revoilà pour le grand jour. Et là, c'est juste allé de surprise en surprise...

Déjà, j'arrive, on me fait asseoir et le coiffeur (le sosie de Eita sans les oreilles pour ceux qui auraient raté ma blague FB) me donne deux fiches à remplir. L'une, fiche administrative classique : nom prénom adresse etc ; oui ici, pour le moindre truc il faut s'inscrire et raconter sa vie. Bon. Et ensuite, une fiche très rigolote censée aider le coiffeur à comprendre ce que je veux exactement. Un QCM donc, pour savoir si je veux couper mes cheveux un peu/beaucoup/pas du tout ; si je veux changer de style un peu/beaucoup/pas du tout, si je cherche plutôt à donner une image adulte/jeune/sérieuse/kawaii/cute (je me rappelle pas tous les termes proposés pour cette question mais bon déjà, kawaii et cute ça paraissait passiblement redondant à une novice de mon acabit), si j'ai des problèmes avec mes cheveux, combien y'a de temps que je les ai coupés, bref, le CV de mes cheveux avant un entretien, quoi.
Sur ce je passe entre les mains d'Eita qui était tout bonnement fasciné que mes cheveux bouclent légèrement naturellement au niveau des pointes (oui parce que les Japonaises font des permanentes juste pour ça) ; et qui me sort comme phrase d'introduction : "vous vous êtes coupé la frange toute seule non ?", ça c'est fait :D Après avoir bafouillé quelques explications vagues armée d'un magazine, Eita semblant confiant quant à la compréhension de mes souhaits, on m'envoie au shampooing.

Là commencent les vrais trucs fous. Le mister shampooing vous emballe donc dans une serviette, puis une espèce de cape en plastique, en attachant le tout avec mille précautions pour s'assurer que de l'eau ne vous coule pas dans le cou (LE truc qui m'a toujours stressée chez le coiffeur français donc j'étais contente); vous avez droit ensuite au shampooing le plus long de l'histoire avant six cent sortes de frictionnages différents ; puis à un essorage minutieux avec séchage de toutes les mèches qui seraient susceptibles de vous dégouliner sur le visage ; le tout à la japonaise, c'est à dire qu'on ne fait pas une action sans vous en prévenir avant : "je baisse le siège", "je mets le shampooing", "je rince" etc. (dans le style du bus qui se sent obligé de vous prévenir lorsqu'il s'arrête, repart ou change de direction...).
Déjà j'en avais la tête qui tournait ! Sur ce, enfin, coupe ! Eita qui n'est jamais allé à l'étranger avait plein de questions à me poser sur là d'où je venais, ce que je faisais, comment c'était la bouffe française, etc. - au moins c'est plus fun que la conversation avec la coiffeuse en France, mélange de météo et de commérages locaux, autre point qui fait qu'aller chez le coiffeur me fatigue en général. Pendant ce temps il coupait donc à droite à gauche à n'en plus finir, si bien qu'à la fin de l'opération mes cheveux étaient complètement secs... mais pas de problème, car un deuxième passage au shampooing est prévu !
Enfin cette fois, il s'agit d'un soin spécial après-shampooing, mais le rituel reste aussi scrupuleusement observé que la première fois. Ensuite retour face au miroir, pour ce que j'imaginais être la phase finale de brushing... mais non ! Figurez-vous que là, c'est le moment... du massage ! Vous avez donc droit à 10 minutes de massage gratuit, épaules, cou, et crâne évidemment, et vous commencez vraiment à vous demander s'ils ont bien compris que vous étiez venu seulement pour une coupe basique...
Finalement, j'ai eu le brushing, style à la japonaise, ce qui fait qu'en sortant j'avais vraiment l'air d'une Japonaise post-permanente avec mes petites bouclettes façon anglaises au niveau des épaules.

(Oui en fait comme je suis allée à l'escalade juste après j'ai pas pu garder la coiffure kawaii assez longtemps pour me prendre en photo, donc voilà un substitut pour que vous ayez une idée)

Résultat... 1h30 pour une "simple" coupe, le tout pour... 23 euros (même malgré le taux actuel de l'euro qui est proprement affligeant). Et une "carte de membre" me donnant droit à des réductions permanentes. Que demande le peuple ?

Les Japonais ont décidément une toute autre notion du service que chez nous, y'a pas à dire. En tous cas, ça a complètement changé ma vision du coiffeur ; j'hésite à y retourner comme ça, juste pour le fun... y'a plus qu'à bouffer des algues !

4 commentaires:

  1. hahahahahahahaha
    hahahaha :D

    RépondreSupprimer
  2. Tu vois, je te l'avais dit que c'était génial lol. Bon je te remercie de la référence de ma coupe à 80 euros mais ils m'ont massé pendant 45 min donc 2 en 1 quoi lol.

    RépondreSupprimer
  3. Lol, Olivier, ce n'est pas seulement toi la référence j'ai vraiment vu ces prix pour des simples "cut" chez des coiffeurs pour dames. Mais bon vu le service, ils m'auraient fait payer 80 euros je sais même pas si j'aurais râlé lol.

    Conclusion : les coiffeurs français sont de gros arnaqueurs en fait... :D

    RépondreSupprimer
  4. En fait, je commence à me demander si ce n'est pas pour nous faire passer les 80 euros qu'ils nous massent lol

    RépondreSupprimer